Terminator : The Sarah Connor Chronicles

Terminator : The Sarah Connor Chronicles, créée par Josh Friedman, diffusée en 2008 et 2009, est encore aujourd’hui une grande frustration pour sériephiles. Disposant de deux saisons seulement (la première de 9 épisodes, la seconde de 22), la série a pourtant eu le temps d’imposer ses personnages, son univers, de l’étoffer et de l’interroger perpétuellement, de la même façon qu’elle a su se l’approprier et le gérer comme une série avant tout.

L’éternel refrain : John et Sarah Connor en lutte pour leur survie et la survie de l’humanité, en lutte contre Skynet, au passé, au présent, au futur, avec l’aide d’alliés inattendus. À partir de là, The Sarah Connor Chronicles prend un départ sur les chapeaux de roues et assure ainsi son ambiance de survival et de menace constante. L’écriture joue d’un rythme très enlevé (hormis quelques épisodes de saison 2), ponctue ses épisodes de scènes d’action efficaces et de combats bien chorégraphiés, tout en gérant ses arcs avec un bon tempo dans le suspense. Le fameux chassé-croisé avec Cromartie est quant à lui bien ficelé : les rencontres et les stratégies sont généralement cohérentes. Outre cette forte thématique survival, la série manipule ses intrigues avec ce qu’il faut de twists et de cliffhangers, sans en faire trop non plus, pour nous accrocher d’un bout à l’autre.

Mais The Sarah Connor Chronicles n’est pas juste une bonne série d’action : détail qui n’en est pas un, les morts y sont finalement rares. Quand elles surviennent, la série s’y confronte et travaille ses personnages ainsi responsables, au travers d’apparents appartés qui se retrouvent toujours connectés à l’intrigue en définitive. De cette façon, la série n’oublie pas ses enjeux d’ordre moral et fait preuve de rigueur dans l’écriture de ses personnages, d’une façon qui fait toujours lien avec l’univers et ses enjeux globaux (il suffit d’observer les intrigues qui donnent l’impression d’un teen drama au départ). On fait aussi évoluer les relations de manière intéressante, le duo John-Sarah s’élargit au fur et à mesure, les personnages se rapprochent puis s’éloignent, la confiance va et vient, et peu à peu, la série fait grandir John et fonde un duo John-Cameron très intéressant et charismatique. Sans compter les personnages introduits à côté qui, le temps d’un épisode, font rêver sur leur potentiel.

C’est ainsi qu’elle développe son univers, de plus en plus riche en saison 2, se déployant sur plusieurs temporalités (« flashbacks » de scènes du futur), plusieurs décors, plusieurs… réalités. Si la série n’a fait qu’aborder la question des réalités alternatives, elle promettait de s’y confronter par la suite, et sa conclusion n’en est que plus frustrante. Elle gère ainsi ses paradoxes et parvient à monter un univers à la fois compréhensible et toujours en mouvement. Elle complexifie enfin son système de personnages, faisant croire à tel ou tel ennemi, renversant les positions, loin d’une simple distribution manichéennes des rôles, elle va jusqu’à oser interroger son personnage leader et le postulat de l’héroïsme de John Connor.

Autre point fort de la série : son écriture des personnages-machines. Cameron, d’une part, dispose d’une écriture ambiguë, d’une psychologie ainsi paradoxalement très dense dont la réussite se manifeste avant tout dans les dialogues. Excellents ressorts comiques par moments, ils révèlent aussi sa capacité à mentir, à s’adapter au discours de l’autre, à imiter et intégrer les codes au fur et à mesure, jusqu’à cet épisode troublant où des souvenirs humains ressurgissent et permettent d’interroger la porosité des limites entre la machine et l’homme, pour en conclusion les rétablir brutalement. Voilà comment on en arrive à s’attacher à ces personnages-là, et même à John-Henry, dont l’évolution est tout bonnement fascinante à suivre (conscience de la mort, l’imagination, etc). La série livre par ailleurs un propos intéressant quant à son rapport avec la morale : les débuts religieux encouragés par Ellison ne serviront qu’à intégrer quelques lois évidentes, alors que sa relation avec Savannah achève de définir ses principes.

Ce qui peut sembler déroutant, c’est peut-être enfin les morts des personnages importants (humains), qui donnent souvent l’impression d’être expédiées : si c’est évidemment cohérent avec la série, c’est dommage pour l’émotion. On peut aussi trouver la narration de certains épisodes pas complètement satisfaisante (l’épisode rêve par exemple, qui aurait pu être bien plus réussi et qui se plante un peu par moments), et le parti pris d’un arc important de première partie de saison 2 rétrospectivement trop important, retardant l’enquête et la découverte finale qui du coup semblent un peu précipitées dans les deux derniers épisodes.

Bref, un série très convaincante, fun, qui prend en charge son univers avec cohérence et finesse, tout en écrivant de bons personnages. Ici et là d’excellents épisodes, une fin qui satisfait autant qu’elle frustre tant la suite s’annonçait prometteuse. À voir !

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