Broadchurch, saison 1

Broadchurch, série britannique créée par Chris Chibnall d’une première saison de 8 épisodes, est aussi captivante qu’émouvante, quasiment sans faux pas pour une écriture étonnamment dense qui ne se cantonnera jamais au pur et simple policier. L’intrigue n’a à première vue rien de révolutionnaire : un meurtre d’un enfant dans une « petite communauté », enquête, révélations, etc. De la même façon, on ne peut nier retrouver les habituels personnages types de ce genre : le pasteur, la mère, le père, la maîtresse, le collègue, le journaliste,…

Quand bien même ses apparences seraient familières (pour ne pas dire clichées), la narration est aussi solidement tenue que le discours et les personnages : d’une progression sans temps mort, l’enquête en elle-même est parfaitement convaincante, crédible (la durée de plusieurs semaines, les questions de budget, le non-sensationnel) et rythmée par petits pas, éclairant des indices, tandis que d’autres restent dans l’ombre à la seule portée du téléspectateur, ne jouant pas outre-mesure du « c’est lui-ah non finalement » en imposant avant tout un point de vue d’enquêteur, celui d’Alec Hardy.

SPOILERS >

Avec ce motif répété de l’enquêteur qui veille, observe en retrait, en plus de celui qui collecte les indices et les relie entre eux, Broadchurch organise son récit peu à peu autour de sa communauté, tantôt de l’extérieur, tantôt de l’intérieur : on va des journaux, articles sensationnels, à l’intimité des habitants, on les montre une fois en société, une autre fois seuls, pour creuser le classique ‘ »on ne connaît jamais quelqu’un » avec un équilibre toujours sur le fil. Et quelquefois, on confronte les deux points de vue pour mettre en scène le choc de la façon la plus radicale qui soit : la mort d’un des suspects (moment qu’on voit toutefois arriver de loin et qui reproduit une storyline récurrente de ce type de fiction).

En plus de cette enquête, Broadchurch est sans aucun doute un drama très émouvant : c’est d’une part appréciable de ne pas occulter les répercussions personnelles de l’enquête (belle écriture du deuil dans une famille, s’attardant sur les individus puis le groupe, etc), et d’autre part très fin de ne jamais en faire trop et étouffer le téléspectateur. L’équilibre provient certainement de la variété de personnages, telle qu’on peut juger de la relation de chacun à la victime, sans jamais devoir faire un choix entre compassion et suspicion. Si bien qu’en définitive, le tableau refuse tout manichéisme en admettant en même temps l’horreur du crime. Car il faut le dire, Broadchurch est sombre, pas désespérante, mais dure, établissant pour ses personnages des destinées plus ou moins heureuses. Impossible de passer à côté de l’ironie grinçante du dernier épisode et de la révélation du tueur, ni à côté des symboles d’une certaine fatalité repris par les décors ; les plans sur l’océan, la marée, la maladie, et en même temps le personnage de David Tennant qui revit son trauma, se souvenant également l’enfant qu’il était à Broadchurch, en parallèle avec la situation finale de sa coéquipière…

La densité de la série est remarquable en ce qu’elle accompagne aussi chacun de ces lieux communs d’une réflexion qui ne se fixera jamais, proposant davantage de poser une série de questions, auxquelles il nous appartient seul de répondre : entre autres, ce duel entre la suspicion et la foi, la question des limites du journalisme et plus généralement de la nécessité de la vérité (entre ce que les gens ont besoin de savoir, ce qu’ils veulent savoir, etc), le tout toujours incarné dans ses personnages et jamais détaché du reste.

< FIN DES SPOILERS

Bref, Broadchurch est prenante, fascinante, d’une écriture solide et pleine de suspense, dans une ambiance sombre et touchante : la réalisation suit, avec une mise en scène qui alterne entre proximité et pudeur vis-à-vis de ses personnages, tout est là pour faire de la série un bon drama policier.

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