Treme, saison 2

Treme, créée par David Simon et Eric Overmyer, raconte l’après Katrina pour ce quartier de la Nouvelle-Orléans. Après une saison 1 réussie, cette saison 2 prend un tour plus sombre (l’affiche l’illustre joliment) et se confronte désormais à la violence en plus de toujours aussi bien saisir et faire vivre Treme.

* * les parenthèses contiennent des spoilers * *

Par certains points, on repense presque à The Wire, tant des événements nous laissent sous le choc de leur brutalité, leur « random nature » (David Simon) : il faut parfois laisser quelques jours entre deux épisodes pour reprendre son souffle. Pour dire vrai, on est quelque part si bien plongé, immergé, aussi bien par la musique que par le ton réaliste, que ces à coups en deviennent terriblement éprouvants, car on sait combien c’est « réel ». Musiciens, lieux, chansons, difficile dans Treme de véritablement faire la différence entre le vrai et le fictif, qui porte un nom de personnage et qui joue son propre rôle (les chefs à New York, des artistes…), quand par ailleurs le récit lui-même s’éloigne des codes du format.

Il arrive que pendant un épisode,  il ne se passe pour ainsi dire rien, est-on capable de cerner un enjeu, quelque chose de linéaire, de tracé vers tel ou tel événement à venir ? Rarement (mais il y a tout de même une évolution, la trajectoire d’un retour pour Janette, d’une révélation musicale pour Delmond…) , et en définitive, la structure est davantage celle du calendrier et des jours de fêtes ou d’hommage, et à petite échelle, celle du jour, des enregistrements et du travail, et celle de la nuit, des concerts et de la violence. Néanmoins, l’ennui n’entrave jamais le visionnage ; tout est question de sensibilité à la musique, sans doute, à la ville même, et par extension d’attachement aux personnages. On est facilement ému par Toni et sa fille,  bouleversé pour d’autres, dans tous les cas impliqués auprès de la plupart.

Cette saison propose d’aborder encore autrement la Nouvelle Orléans et on ne peut que saluer ce renouvellement des points de vue : c’est toutefois parfois compliqué (l’intrigue de l’entrepreneur) de tout saisir, ou d’autres fois frustrant (on reste un peu en surface du politique), en revanche, du côté de la criminelle, c’est toujours intéressant et d’une manière générale, les lignes se croisent avec fluidité. On espère aussi continuer de suivre la chorale scolaire et les jeunes élèves dans la saison 3 !

Toujours au cœur de la série, naturellement la musique en est le plus grand charme. Omniprésente, quitte à évacuer presque tout dialogue d’un épisode (Mardi gras…), elle favorise l’immersion et nous donne sans cesse envie de tout réécouter aussi vite que possible. Vivante, filmée sur le vif, elle est autant le thème, qu’un élément de narration et de mise en scène, notamment dans des séquences où on va d’un personnage à l’autre, d’un lieu à l’autre, en suivant le fil d’une chanson, voire tout simplement en accompagnant la marche d’un artiste de rue en rue. D’où, malgré des personnages finalement « séparés », qui ne se connaissent parfois que de loin, une sorte de fluidité dans l’écriture et surtout ce sentiment de fraternité entre tous les musiciens et tous les habitants très touchante, a fortiori quand le risque d’un cloisonnement pour le téléspectateur est évité et au contraire remplacé par une incroyable générosité.

Bref, une deuxième saison dure, qui ne perd pas sa voix, son ton, sa beauté, et nous invite à l’immersion totale.

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut