Sherlock, saison 3

Pour sa troisième saison, Sherlock fait un retour légèrement décevant.

La série bénéficie toujours de l’impeccable interprétation de ses deux acteurs principaux, Cumberbatch et Freeman, et d’une réalisation également réussie et inventive. Néanmoins, on ne s’intéresse pas autant aux enquêtes, et beaucoup plus aux personnages : parti pris cohérent dans le premier épisode compte tenu des circonstances, mais l’équilibre n’est pas toujours là et la tension en pâtit régulièrement.

Le premier épisode met en scène les retrouvailles entre John et Sherlock, ainsi articulées à une affaire de terrorisme : celle-ci constitue bien davantage l’arrière-plan, soutien explicatif et émotionnel pour Sherlock jusqu’à cette scène de résolution sur enjeu de pardon entre les deux hommes. On ne se prend guère au jeu de l’enquête et du mystère qui l’entoure (a fortiori quand Sherlock sait tout d’avance et qu’on sait qu’il sait, et ce qu’il sait, bref !), mais on apprécie toutefois l’écriture de la relation Sherlock / Watson, après deux ans de séparation, qui se fait comme celle d’une amitié/romance touchante. Le bouleversement de la séparation maintenant est tel qu’on ne reconnaît parfois presque plus nos personnages (l’impression du OOC nous titille presque dans les deux premiers, c’est dire !), en particulier Sherlock, dans cette scène au restaurant qui fait certes son effet mais nous prend un peu au dépourvu.

Pour ce qui est de l’explication de la fin de saison précédente, la série fait dans le malin, quand elle aurait pu considérablement alléger ses moments « scénarii » de fans : le principe d’une ouverture type parodie de Bond en est l’illustration la plus évidente, annonce de ridicule pour mieux le chasser et du même coup se dire « plus malin que ça ». C’était tout de même souvent dispensable, bien que cohérent avec le finale précédent, qui faisait de Sherlock ce non-mythe, et donc incluait forcément par la suite tout ce qui peut faire le mythe moderne, à savoir les fans.

Cette saison, il ne semble pas y avoir d’épisode se détachant, en bien ou en mal, et le deuxième est ainsi tout ce qu’il y a de plus correct, mais absolument pas transcendant non plus. Il faut, dans cet épisode, patienter un moment avant que la narration décolle. Une fois embarqués, on est en revanche nettement plus investis avec Sherlock dans l’affaire, entre autres parce qu’elle se tient en un lieu pendant tout un acte et donne à son protagoniste l’occasion de briller dans un discours qui va du drôle à l’émouvant, brossant simultanément un beau portrait de Sherlock. Mais c’est encore l’enquête qui nous déconcerte : la série avait l’avantage, les saisons précédentes, d’arriver souvent à nous prendre de court et à nous impressionner, c’est moins le cas ici, les indices sont plus appuyés et on voit tout venir d’assez loin.

Il faut reconnaître que la série reste malgré tout inventive pour exposer les raisonnements de Sherlock, évitant toujours un simple didactisme et lui préférant une mise en scène imaginaire et dynamique, le « mind palace » de Sherlock offre ainsi de bonnes scènes, de celles où effectivement tout se joue.

Le dernier épisode dispose d’une narration par moments brouillonne (les flashbacks principalement) qui ne donne pas toujours le rythme attendu, et le villain, quoique bien incarné par Mikkelsen, est malheureusement bien effacé derrière l’intrigue Mary. L’enquête n’en est à son tour que moins prenante, et les twists bien réduits en dehors de cette affaire là.

Cet épisode prouve encore toutefois l’importance accordée aux personnages autres cette saison, pour leur intérêt : la relation de chacun au héros est intéressante et naturellement plus fondée, émotionnellement, que lors des saisons précédentes. Cela donne de bons dialogues entre frères, amis, et autres, et des rapports plus équilibrés entre eux et lui, si bien que cette saison, sans être impressionnante, n’en est pas moins attachante.

Bref, une troisième saison dont les enquêtes manquent de rythme, de twists, de déductions, et qui pâtit également d’un villain trop peu présent. Cela reste dans l’ensemble solide, inventif, et réellement drôle ou touchant, d’autant plus quand cette saison, les personnages secondaires se trouvent une vraie place auprès de Sherlock.

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