Shameless, saison 1

Après avoir vu le premier épisode, je n’étais étrangement pas dans l’humeur de poursuivre dans l’immédiat, persuadée qu’il me faudrait du temps pour m’attacher à la série dont je me sentais sans grande raison assez éloignée. Affaire de circonstances, je vois ma Timeline réagir avec un enthousiasme constant durant la diffusion de la saison 4, et je finis par m’y remettre, et c’est là qu’il se passe quelque chose. Devant les premiers épisodes d’une série qu’on découvre, il y a souvent cet instant qui change tout, durant lequel on réalise que ça y est, on y est, il se passe ce truc qui fait qu’on va continuer et qu’on sait qu’on aime ce qu’on regarde.

Donc c’est cette scène à la 36e minute. Lip voit son père partir de la maison, décide de le suivre à vélo, Frank débite un discours vide, Lip lui répond, Lip est plus malin que lui, Lip donne les nombres de leurs propres sacrifices pour survivre et dans une géniale fluidité, Frank continue, seul, parle, se défend encore, seul. En quelques minutes, la relation des deux personnages est dessinée, c’est aussi simple et génial que ça.

Et ça résume bien Shameless après tout, la vie des Gallagher, rien de bien extraordinaire a priori, et pourtant… La série rend honneur à ses personnages, les fait vivre avec une telle force, qu’on est comme à fleur de peau et qu’on s’investit auprès d’eux à chaque seconde. Cela tient aussi au casting, les interprètes disposant tous d’un vrai charisme que la caméra saisit sans difficulté, Emmy Rossum en tête, les autres tout près (et les plus jeunes sont eux aussi très bons !). Chaque épisode parvient à donner à tous leur importance, en faisant suivre des intrigues qui les feront évoluer toute la saison, et si bien qu’on n’a guère de préférence affective.

Fiona takes care of everyone, but no one takes care of Fiona.

Ce qui rend Shameless incroyablement attachante, c’est bien la confiance, jusqu’à la loyauté totale, qui unit les Gallagher (et Kev et V). La série prend soin de fonder chaque relation, de leur donner une authenticité par ses dialogues, son humour et ses émotions brutes, d’en dire un peu plus des uns et des autres par ces relations mêmes… Et en contraste, il reste Frank Gallagher, alcoolique, absent, irresponsable : dans les rencontres ou les confrontations entre les deux, il arrive toujours quelque chose d’assez fou, de la violence à une quasi-réconciliation le temps d’un (formidable) intermède de sobriété. Frank Gallagher parfois si détestable semble parfois indispensable, tant il est prêt à être n’importe qui et faire n’importe quoi pour obtenir de l’argent, c’est lui qui introduit le plus souvent un élément insolite tel que la narration va trouver un nouveau dynamisme et nous emmener plus loin encore. Sans honte et sans limites, c’est aussi la force de la série !

Les épisodes vont à un train d’enfer, renouvellent les thèmes et restent encore près des enjeux prioritaires, survivre, comme on peut, un enjeu qui redessine les frontières de notre monde entre légal/illégal, sans le moindre jugement. Parce que Shameless, il faut l’avouer, c’est parfois trash : violence et sexe, alcool et drogue…

Bref, histoire de sacrifices, de famille, de responsabilités, d’amour, Shameless ne filtre rien de ses personnages ! Pathétiques, sublimes, les personnages font vivre la série, sont l’énergie de la série (quelle énergie !), et nous rappellent combien, alors que d’autres l’oublient, ils comptent plus que tout. Sans prétention, mais tellement précise, juste, pensée, superbe, drôle, touchante, Shameless est adoptée.

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