Shameless, saison 4

Quelques jours et quatre saisons plus tard, Shameless est entièrement rattrapée. On voudrait bien en parler mais que dire d’autre que d’encourager à vivre Shameless ? Cette saison, les émotions affluent et vous épuisent, c’est comme accompagner tous les personnages sur ce pont invisible au-dessus du gouffre, les Gallagher main dans la main à retenir qui trébuche ou qui se perd en cours de route.

La folle réussite de cette saison tient entre autres dans cet équilibre improbable, qui nous laisse croire si souvent que ça pourrait déraper pour de bon, vers une version trop trash, trop tragique, de la vie des personnages, sans jamais sombrer. Si proche et si loin de la facilité, cela devient un défi constant que de garder le cap de sa qualité à un tel niveau d’ambition, car les enjeux sont nombreux et ô combien risqués. Il faut compter sur notre attachement aux personnages et sur, tout naturellement, la justesse et l’authenticité des intrigues, pour qu’on veuille bien les suivre jusque dans les pires accidents : et tout s’opère dans un glissement quasi insensible durant la saison, jusqu’à ce moment-clé qui constitue la révélation brutale de ce qu’on ne voyait pas, de ce que les autres personnages ne voyaient pas, dans l’accident brutal de Liam.

L’alcool, les drogues, cette saison, ont des conséquences. Et voilà qu’on peut suivre maintenant le parcours des personnages, dans le récit éprouvant du pardon, de la chute, et de comment se relever et défier à nouveau le monde, dans cette sublime scène finale. Si en saison 1, Frank était à peine autre chose qu’un alcoolique irresponsable prêt à tout pour continuer de boire, ici, sans forcément tant évoluer (Frank est-il un personnage qui peut évoluer ?), il s’approfondit, s’humanise, se découvre du cœur dans ses manœuvres intéressées ; la relation avec Sammy est ainsi la bonne idée de la saison, donnant la possibilité d’un nouveau point de vue sur le personnage.

De même, c’est un réel plaisir de voir grandir Carl et Debbie, la série se montre toujours aussi capable de les écrire à la fois en train de changer et parfaitement fidèles à eux-mêmes, dans cet entre-deux, avec ses chagrins d’amour et ses moments de solitude. Lip, cette année, est le pilier de la famille, sorte de force physique et morale, espoir de réussite, c’est lui qui encaisse le plus de pression, et le charismatique Jeremy Allen White donne toute l’étendue de son talent. La relation Ian/Mickey devient elle très attachante, Mickey gagne en maturité et Ian se voit condamné à la même maladie que sa mère ; un sort attendu, mais qu’on refusait de voir, à nouveau, comme les autres.

Au rang des déceptions, car il en faut bien : la storyline de Sheila, sorte d’aparté comique dont le ton tranchait parfois de trop, n’était pas toujours des plus enthousiasmantes, notamment dans ses derniers temps. Et on pouvait s’y attendre, mais dommage tout de même de faire revenir Jimmy…

Bref, dans cette quatrième saison, Shameless est bouleversante : montagnes russes d’émotions, il est difficile d’avoir quelque recul que ce soit sur la série, tant c’est parfois une épreuve. Formidable d’authenticité, de fluidité, de rythme, elle aura maintenant prouvé son talent à gérer l’évolution de ses personnages, sans jamais les perdre de vue pour plus de sang ou de larmes. Des grands espoirs à la chute, pour un finale comme un poing levé à tout ce qui leur tombe dessus, les Gallagher sont prêts à continuer de vivre.

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