Downsizing Image

Il y a quelque chose d’agaçant à voir un film dont vous ne retenez rien une heure plus tard. Downsizing n’est pas mauvais, mais il n’est pas bon non plus, il est, à proprement parler, médiocre.

Une première partie prometteuse

Étrange pour autant, en ce qu’il ne permet pas vraiment de le définir non plus, et tire de son imprévisibilité narrative quelque force qui évite au moins au spectateur de sombrer dans l’ennui. Vendu comme une satire sociale autour d’un concept de science-fiction, le film fait mentir sa promotion très rapidement en prenant une tout autre direction. Pourtant, rétrospectivement, c’est certainement cette partie-là du film qui tient le plus ses promesses ! Fluide et associée à un ton léger, parfois à contretemps de ce qu’elle nous montre, cette entrée en matière déjoue nos attentes en tournant par exemple à la manière d’une comédie satirique une scène qui aurait tout d’une séquence horrifique, rythmée comme telle par son utilisation précise des sons, mais adoucie par la bande-originale et l’atmosphère routinière.

Passée cette première partie, efficace et bien sentie qui décrochera même quelques sourires, Downsizing se fait le portrait d’un classe moyenne désœuvrée et de ses solitudes pourtant si bien entourées. Mais, là non plus, cela ne dure pas et voilà que nous revenons à une traversée cynique, sans surprise, de ce faux paradis pour passer la frontière (un mur…) et prendre la mesure de la pauvreté.Il y avait quelque chose de réellement intéressant dans le point de départ du film, qui admettait que le Downsizing était accessible et permettait aux plus démunis de vivre plus confortablement. Pour une fois, une innovation technologique n’est pas réservée aux plus riches, cette seule originalité avait de quoi engager bien des réflexions politiques, seulement, une fois de plus, ce n’est pas le film que nous regardons, simplement celui qu’on peut rêver dans certains moments d’ennui poli.

Superficiel et embarrassant

Cette reproduction en microcosme de la société américaine n’élève pour autant guère le propos et se contente d’imiter, proprement certes, les travers de la réalité dont nous sommes toutes et tous conscient-es. Payne ne s’embarrasse pas de subtilité lorsqu’il présente le spectacle de la pauvreté via une iconographie carcérale, risquant même de tirer sur le corde de l’adage “du pain et des jeux”, en limitant ses personnages les plus pauvres de second plan à leur faim et leur grand écran. Que penser exactement de cette salle de cinéma organisée dans l’enceinte d’une prison où on rentre dormir, ou mourir… ? Qu’a-t-il voulu dire ? De ces personnages étrangers qui ne servent guère que d’outil narratif, quitte à forcer le trait de la misère et du racisme ? Satire sociale, que nenni ! Comme souvent, un film semble se définir dans ses dernières minutes, et à ce titre, Downsizing se départit de la moindre once de finesse pour s’enfoncer dans une mièvrerie facile, indigne de son concept de départ.

En se refusant au film catastrophe qu’il aurait pu devenir, en moquant son personnage constamment pour en faire, pour autant, le support d’un propos bas de plafond et plus ou moins héroïque, en évitant d’aller au bout du road movie à la Apocalypse Now qu’il laisse entrevoir, en contredisant sa romance en taisant toute émotion ou sincérité dans l’interprétation, Downsizing semble en définitive admettre sa défaite et se confondre en plates excuses devant sa propre paresse.

(1,5 / 5)

Réalisation : Alexander Payne
Scénario : Alexander Payne et Jim Taylo
Avec Matt Damon, Christoph Waltz, Hong Chau…
Sortie française le 10 janvier 2018
Comédie, drame, science-fiction

Paul Safranek et sa femme décident de tenter l’expérience du Downsizing, une invention révolutionnaire qui permet de réduire l’être humain jusqu’à une taille de douze centimètres. Mais tout ne se passe pas comme prévu.


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