[Critique] Revenge : un rape & revenge sur-stylisé

Dans le genre du Rape and Revenge, Revenge se démarque en tant que proposition française réalisée par une femme. Sans grande surprise surprise, le film s’appuie sur une mise en scène sur-stylisée qui, à la longue, peut agacer, mais réserve malgré tout d’excellentes séquences de tension brute et sauvage.

Lourdeurs et violences

Coralie Fargeat ne s’embarrasse pas de subtilité. Qu’il s’agisse de symboles ou de caractérisation, le film va droit au but en faisant le portrait d’une bimbo, filmée ras des fesses, violée et contrainte de se tuer pour survivre, dans un décor de désert. Beaufs et milliardaires sociopathes VS bimbo/lolita, acte I, scène 1. Pomme croquée et pieu dans le ventre, là aussi, on y voit clair et on ne cherche pas plus loin. Maintenant, le film manifeste tout de même des efforts, non pas de profondeur, mais de décalage comique et mises en perspective plus ou moins réussis. D’un côté, la mise en scène redouble l’image de la bimbo télévisée, produit marketing multi-écrans, de celle d’une réalité violente et tragique, pour accorder au personnage de Jen la possibilité de renverser le rapport de force. La mise en scène, façon flatterie du male gaze des premiers temps, prend alors une tout autre dimension.

D’un autre côté, l’image du milliardaire beau-gosse est elle aussi mise en perspective par celle du mari et père aimant, dans une charge féministe dont l’efficacité est en partie diminuée par le duo de personnages français. Stéréotypes de beaufs, ceux-là même sont filmés et écrits comme des porcs, dans une caricature dont on entend bien l’intention mais qui embarrasse péniblement. À ce titre, il semble manifeste que seul le casting de Matilda Lutz a vraiment de l’importance, elle incarne Jen avec talent et éclipse ainsi même les autres comédiens.

Il y a toujours de quoi discuter du féminisme des Rape & Revenge, notamment dans cette façon d’assumer la prise de pouvoir dans et par la violence et le traumatisme, jusqu’à faire basculer la brutalité de la vengeance dans une sorte de démarche de purification sadique. Revenge est, lui aussi, gore, versant malheureusement presque dans le torture porn à bien des égards, tant nous sommes nez collé à l’écran, dans la chair et le sang des personnages.

Mise en scène sur-stylisée

Les thématiques secondaires, comme la mise en scène sur-stylisée et la bande son électro qui mène tambour battant le tempo du film, évoquent bien plus du Harmony Korine que du Julia Ducournau. Cette tendance permanente au découpage, aux formes et couleurs, à la saturation, peut très vite agacer et forcer une tension pourtant plus efficace quand la réalisation se fait plus sobre. Nous sommes bien souvent devant le film comme devant de longues séquences fortes, décontenancés et ballotés d’un moment à l’autre sans parvenir à ressentir l’épreuve du désert et de la survie vécue par la protagoniste.

En définitive, le film séduit davantage et semble enfin entièrement abouti quand il explore non plus le décors du désert, mais celui de la villa isolée. Dans un chassé-croisé et une poursuite tendus à souhait, Revenge fait fort, très fort, à mesure qu’il enchaîne plans séquences et champs/contrechamps tous plus pensés et pertinents les uns que les autres. Débarrassé de ses premiers excès, le film prend enfin la hauteur d’un bon survival et revenge movie, jusqu’à iconiser ce nouveau personnage de survivante à guerrière vengeresse.

En tombant dans l’excès d’une sur-stylisation irritante et du gore, Revenge ne parvient pas à convaincre totalement. Pour autant, le film de Coralie Fargeat ne manque pas d’intérêt et propose quelques moments d’une grande intensité. 

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Réalisation : Coralie Fargeat
Scénario : Coralie Fargeat
Avec  Matilda Anna Ingrid Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe
Sortie le 7 février 2018
Thriller

Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme…

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