[Critique] La nuit a dévoré le monde : belle variation parisienne

Il y a toujours de quoi attiser la curiosité avec les promesses de La nuit a dévoré le monde : un film de genre, qui plus est de zombies, français, qui se passe dans la capitale… C’est suffisamment rare et ambitieux, dans le panorama actuel du cinéma français, pour être remarqué. S’il ne fait pas franchement dans le neuf thématiquement, le film lui-même est une belle variation parisienne, solidement interprétée et joliment exécutée. 

La solitude de l’homme moderne

On le sait depuis les différentes adaptations de Je suis une légende, les zombies et les villes silencieuses et mortes sont avant tout une manière de raconter la solitude de l’homme moderne. La nuit a dévoré le monde est ainsi de ceux-là, qu’on a pour beaucoup déjà vus, déplacé dans cet environnement parisien (plutôt côté riches). Il interroge comme ses grands prédécesseurs le sens de l’humanité dans les circonstances de survie et de solitude extrêmes, par l’image plutôt que les mots, en faisant le choix pertinent d’être très peu bavard. On ne peut pas dire qu’il en dise quelque chose de plus ou de neuf, peut-être même peut-on regretter qu’il ne s’arrête pas véritablement sur son contexte parisien, tant il y avait de quoi faire sur le sujet s’il avait emprunté un angle plus politique ou ancré socialement.

Le choix d’un acteur étranger, norvégien en l’occurrence, tend à redoubler ce motif de la solitude en répétant le sentiment de l’étrangeté dans la langue parlée, mais reconnue comme « pas la sienne » par le spectateur. Sam parle une langue qui n’est pas la sienne et s’installe dans un appartement qui n’est pas le sien. La nuit a dévoré le monde évoque ainsi, dans le fourmillement de la population parisienne, cette étrange solitude moderne qui n’a aucune limite et semble finalement être désamorcée uniquement dans la mort(-vivant).

Singularité de La nuit a dévoré le monde

Sombre à ce titre, voire cynique, peut-être, le film de Dominique Rocher ouvre toutefois certaines perspectives dans la détermination des hommes et leur façon de revitaliser leur expérience du monde par l’art. C’est certainement là que le film gagne en ampleur et exige de fait d’être regardé en salle. Le travail du son (et de la musique) lui est essentiel, sans être pour autant trop appuyé, jusqu’à provoquer chez le spectateur une sorte de même écoute tendue et paranoïaque. À noter par ailleurs que c’est une particularité du film puisque le protagoniste du roman de Pit Agarmen (Martin Page) était lui écrivain. La nuit du film est aussi celle de la salle, comme son silence, comme sa solitude : de quoi rendre l’expérience du film incroyablement plus puissante.

S’il se fait digne des films de zombies du même acabit et manque en partie d’originalité en dehors de son contexte parisien, La nuit a dévoré le monde se singularise dans certains subtils décalages des codes, le plus présent étant certainement aussi le plus ennuyant du genre. Il saura se distinguer dans la même mesure grâce à de très belles séquences d’exploration de huis-clos qui prouvent encore qu’on peut faire beaucoup avec bien peu.

On peut regretter la généralité et l’absence de regard politique, ou social, qu’aurait pu permettre le contexte parisien qui semble alors finalement peu exploité. Mais La nuit a dévoré le monde reste un beau film de genre, d’une grande économie de moyens et d’une exécution remarquable. Une grande expérience de cinéma.

 

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Réalisation : Dominique Rocher
Scénario : Dominique Rocher, Jérémie Guez, Guillaume Lemans
Avec Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant
Sortie française le 7 mars 2018
Fantastique

En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s’organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?

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