[Critique] Les Garçons sauvages : l’illusion de la subversion

À première vue, Les Garçons sauvages se présente comme un film de genre subversif qui évoque Sa majesté des mouches ou Orange mécanique, une denrée rare en France malgré les progrès récents dans ces domaines. Singulier, le film l’est, jusqu’à la sidération dans ses séquences les plus audacieuses. Malheureusement, il n’a ni l’intelligence ni le recul de ces deux illustres et possibles inspirations.

Fantasmagorie érotique

Le récit prend des allures de fable érotique et politique, associée à une esthétique surréaliste forte qui fera toute la singularité du film de Bertrand Mandico. En  alternant noir & blanc et couleurs franches, en brouillant les limites de la réalité par le jeu du montage, sa bande son et son décor kitsch, Les Garçons sauvages en devient une expérience cinématographique hypnotique et bienvenue.

Le film de Mandico ne se cache de rien et n’en dissimule pas moins : la sexualité des personnages de jeunes garçons occupe tout l’écran, d’un bout à l’autre, sans faire de nuance entre ses différentes expressions. À ce titre, très vite, on peut trouver là de quoi réfléchir au sens de cette posture surréaliste et malheureusement, le film s’appauvrit considérablement à mesure qu’on veut bien s’attarder une minute sur son propos. Faut-il vraiment considérer que la subversion, aujourd’hui, réside dans l’exposition d’une sexualité adolescente (parfois violente) jusqu’à débordement ? Dans ces dialogues et ces décors lourdement suggestifs qui n’ont guère à envier aux pires des productions érotiques, sans recul autre que celui d’une esthétisation vaine et tout aussi pénible à la longue ? Évidemment que non et Mandico lui-même ne s’arrête pas là.

Un récit à morale embarrassant

Prenons donc le temps de réfléchir aux Garçons sauvages. Attention, spoilers nécessaires pour bien saisir le propos du film. D’une part, les garçons du film sont interprétés de jeunes actrices, dans une inversion certes heureuse des vieux préceptes du théâtre où les femmes étaient jouées par des hommes. D’autre part, ces personnages garçons sont des violeurs qui se cachent littéralement derrière un masque, pour devenir, au détour d’une longue aventure, des femmes ! Enfin, entendre par là que leurs corps se transforment et qu’ils acceptent cette métamorphose à défaut de pouvoir l’arrêter. Tout cela semble déjà suffire à une frange de la critique qui y voit une formidable hybridation phénoménale entre « féminin » et « masculin », un ko technique aux stéréotypes de genres et au diktat des apparences.

Mais qu’en dit réellement le film ? Dans une séquence qui confirme sans subtilité que les Garçons sauvages verse dans la fable à morale, voilà qu’il faut entendre que le féminin est une sorte de victoire sur la guerre, la violence, qu’il est de la douceur, dans une dérive essentialiste qu’apprécieraient sans doute les fervents défenseurs de la différenciation hommes/femmes. Le film pâtit sérieusement de son manque de recul et de profondeur, à prendre le parti de l’onirisme érotique, il évite surtout de (se) poser des questions et interroger ce qu’il adore, en revanche, montrer. À savoir de l’érotisme d’adolescents, des scènes de viols et de violences et humiliation envers des personnes trans. Il est étrange en définitive de subir une telle exposition des dérives de la masculinité toxique pour à aucun moment n’en ressentir la réelle déconstruction ou n’en saisir une critique plus fine et moins réactionnaire qu’un « les femmes sont l’avenir de l’homme ».

Les Garçons sauvages a le mérite de sa singularité esthétique et narrative, mais compile malheureusement autant de maladresses de fond qu’il prétend être subversif. Une grande déception.

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Réalisation : Bertrand Mandico
Scénario : Bertrand Mandico
Avec  Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel
Sortie française le 28 février 2018
Fantastique

Début du vingtième siècle, cinq adolescents de bonne famille épris de liberté commettent un crime sauvage.  Ils sont repris en main par le Capitaine, le temps d’une croisière répressive sur un voilier. Les garçons se mutinent. Ils échouent sur une île sauvage où se mêlent plaisir et végétation luxuriante. La métamorphose peut commencer…  

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