[Critique] Les Bonnes Manières : un film merveilleux saisissant

Grand succès des festivals (notamment Prix du Jury et des Critiques à Gerardmer), Les Bonnes Manières est un film fantastique qui témoigne de l’amour de son duo de réalisateurs pour le film de genre. Dans une esthétique léchée et singulière, le film de Julianna Rojas et Marco Dutra revitalise la fiction lycanthrope avec une puissance émotionnelle et politique rare. Retour sur cette petite merveille de ce mois de mars.

Un film protéiforme

À la fois conte fantastique, drame social et romance, Les Bonnes Manières est une œuvre ambitieuse et unique. Scindé en deux parties, le film n’en perd pour autant pas sa cohérence d’ensemble à mesure qu’il évolue de film de genre à tendance baroque en véritable drame social, proprement bouleversant. Si sa deuxième partie se fait un rappel moins original des origines subversives du film de monstre, sa première partie est elle inédite, évoquant avec sensibilité la relation sentimentale entre Ana et Clara.

Les Bonnes Manières emprunte aux lumières du fantastiques, à son obscurité, ses teintes rosées et bleutées, et trouve dans son décor urbain (cette tour d’ivoire !) le lieu d’une étrangeté baroque saisissante. Réjouissant également en ce qu’il se permet tout comme il assume entièrement ses allures de rêverie hypnotisante, le film de Juliana Rojas et Marco Dutra fait aussi dans la comédie musicale dans ses séquences les plus émouvantes. Quant à la réalité brute de la lycanthropie, il en montre les tendances carnivores avec un mélange d’humour décalé, de sensualité, ou d’horreur gore, avec une décontraction inégalée qui en déstabilisera plus d’un. Cette composition protéiforme en fait la singularité comme la beauté et à ce titre, revitalise l’expérience du film par une succession de ruptures de ton surprenantes.

Le drame social

Il y a dans Les Bonnes Manières de quoi s’émouvoir et se scandaliser. Dans sa deuxième partie qui reprend forme plus réaliste et propos certes attendu, le film explore plus encore sa veine de drame engagé. En opposant d’abord deux classes sociales, pour ensuite s’approfondir et bousculer cet état de fait par la seule authenticité des sentiments des uns pour les autres, Les Bonnes Manières gagne en subversion et puissance émotionnelle sans pour autant forcer le trait, grâce notamment à la justesse de sa caractérisation des personnages et la mise en perspective de ses différentes réalités.

Osé en ce qu’il prend le parti d’être sans condition, comme l’amour qu’il dépeint au point de prendre les allures et la radicalité d’un survival, le film repose entièrement sur un optimisme et une conviction auxquels on ne peut qu’être sensible – ou sensibilisés.

Film multiple et visuellement saisissant, Les Bonnes Manières est l’immanquable de ce mois de mars 2018. Expérience singulière à faire en salles, le film rappelle aux réfractaires qu’il y a dans le cinéma de genre autant de pensée et de beauté qu’ailleurs, si ce n’est plus. Coup de cœur !

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Réalisation : Juliana Rojas, Marco Dutra
Scénario : Juliana Rojas, Marco Dutra
Avec
Isabél Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo
Sortie française le 21 mars 2018
Fantastique

Clara, une infirmière solitaire de la banlieue de São Paulo, est engagée par la riche et mystérieuse Ana comme la nounou de son enfant à naître. Alors que les deux femmes se rapprochent petit à petit, la future mère est prise de crises de somnambulisme…

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