[Critique] Hostiles : entre western et drame intimiste

Dans ce western épuré et tendu, l’improbable troupe menée par le capitaine de cavalerie Joseph Blocker (Christian Bale) traverse l’Amérique pour rejoindre la « vallée de l’ours », dans le Montana. Film implacable, Hostiles ouvre derrière son apparence de la plus grande simplicité sur de vastes réflexions sur « l’homme américain », la fatalité et l’absurdité perpétuées jusqu’à la mort.

Un western singulier

Dans un genre moins illustré de nos jours sur grand écran, faute peut-être à la croyance qu’il a perdu de son actualité, Hostiles est le rappel heureux qu’on peut faire un grand western en 2018. D’un style aussi sec que les déserts qu’il montre, le film de Scott Cooper associe le contemplatif (sublime photographie de Masanobu Takayanagi) et la lenteur du périple à cheval à l’action brute avec une fluidité désarmante. De fait, le spectateur ne passe pas une seconde du film sans faire l’expérience de cette tension permanente et épuisante. L’équilibre du film tient aussi dans sa manière de présenter la violence, soit dans son expression la plus brute, soit par suggestion, dans les non-dits ou les contre-champs – le tout accompagné de la bande-originale minimaliste de Max Richter.

L’intrigue elle-même simple, tendue vers cette destination qui n’est autre que la mort littérale de Yellow Hawk, n’empêche pas le film de s’élever progressivement, à la fois politiquement et spirituellement. Cet étrange voyage dont l’issue est, quoi qu’il en soit, certaine, devient peu à peu une ré-flexion intime de l’histoire de l’Amérique. Portée par un propos d’une simplicité évidente, mais authentique et touchante, sur l’altérité et, dans l’ombre, l’absurdité des institutions et décideurs, elle s’appuie notamment sur les excellentes interprétations de l’ensemble du cast pour toucher à cœur les spectateurs (Christian Bale, Rosamund Pike et Wes Studi en tête).

Un drame intimiste et symbolique

Derrière la simplicité (et non le simplisme !) de son propos, Hostiles évoque avec une grande force soit évocatrice, soit symbolique, l’ensemble des enjeux qui constituent somme toute l’humanité de chacun de ses personnages – et de chacun de nous. Ce n’est pas pour rien que le film parle trois langues différentes. Alors qu’il s’attarde sur un moment de bascule historique – le début d’une reconnaissance de l’oppression des Indiens – il prend le parti d’en évoquer la réalité intime bien plutôt que celle affichée dans les journaux. À ce titre, le western a tout d’un grand drame intimiste, qui se décline en plusieurs variations toutes plus poignantes les unes que les autres.

Attention, spoilers !
De la « mélancolie » du soldat incapable de vivre encore, maintenant qu’il prend conscience et assume du même coup les horreurs qu’il a commises au nom de la guerre ou du « job », comme le répète Joseph. À celle qui doit « continuer » à vivre, sans famille, sans maison, sans rien d’autre que cet objectif d’arriver quelque part, dans un lieu qui a priori, ne la concerne pas, mais où tout va se jouer pour elle comme pour l’Amérique. À celui qui reconnaît enfin dans l’autre un peu de lui, et ce faisant, perd sans doute une deuxième fois le sens de son existence et doit s’en faire un nouveau, seul, ou du moins guidé par des émotions sincères. Jusqu’à la conclusion qui implique finalement dans une démarche qu’on peut lire avec autant d’optimisme que de cynisme, que l’avenir est celui de ceux qui survivent, mais surtout de ceux qui se souviennent.

Hostiles fait dans la tragédie intérieure jusqu’à semble-t-il donner l’impression de laisser se confondre différentes temporalités, dans un geste alors plus symbolique que purement narratif. Seule la conclusion du film fait douter de sa réussite, à mesure qu’elle s’allonge quand on se surprend plusieurs fois à l’imaginer venir.

Hostiles est un grand western, un drame intimiste surprenant et poignant, qui réfléchit autant l’histoire de l’Amérique que celle de l’humanité et de tout un chacun. Expérience saisissante pour sa beauté sidérante comme sa tension redoutable, le film de Scott Cooper restera dans les mémoires.

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Réalisation : Scott Cooper
Scénario : Scott Cooper
Avec
Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi
Sortie française le 14 mars 2018
Western, Drame

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.

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