The Invitation

Après Aeon Flux et Jennifer’s Body, la réalisatrice Karyn Kusama revenait à la caméra avec The Invitation, un nouveau film d’épouvante/thriller. En reprenant le thème du dîner entre ami-e-s qui tourne mal, on pouvait craindre le déjà vu et l’ennui et pourtant, c’est sans aucun doute l’un des films de huis-clos horrifique les plus réussis ! Retour sur une petite pépite.

Un huis clos saisissant

Rarement a-t-on vu une soirée entre amie aussi tendue par ses non-dits et ses malaises. Dans cette grande maison, hantée par la mort, et le deuil, de l’enfant de Will et Eden, se tient ainsi un dîner entre ami-e-s dont on comprend peu à peu les enjeux réels.

Le sentiment de malaise qui gagne le spectateur, à mesure qu’on avance dans le film, tient à l’incroyable équilibre de l’écriture. Le film fait dans la subtilité de l’inquiétude, à ménager son suspense et distiller ses étrangetés sans les nommer, opposant ainsi à la méfiance inquiète de Will les efforts de normalisation permanents de son entourage. La sobriété de la mise en scène, qui s’appuie notamment sur un jeu très subtil et travaillé de son, de cadrage et de lumières, perpétue ce sentiment de doute embarrassé chez le spectateur tandis que la finesse de l’écriture joue de ruptures de ton permanentes, très bien servies par le talent des acteurs.

Le décalage entre l’action même et la réaction des personnages, mais aussi des spectateurs, se déploie comme rarement et s’exprime ainsi aussi bien dans les scènes de rires que de peurs : n’y-a-t-il pas quelque chose de fondamentalement inquiétant à rire quand rien n’est drôle et, inversement, à s’inquiéter quand rien, apparemment, ne devrait être inquiétant ?

Une progression glaçante

The Invitation négocie avec les attentes qu’on peut avoir de lui avec intelligence. Dès qu’on s’imagine regarder telle variation d’un sous-genre de l’horreur, de la maison hantée à l’home invasion, on est aussitôt pris en défaut. Pour autant, il n’y a rien dans l’ingéniosité du film qui ne soit gratuit, puisque chacune de ses pré-variations participe de la caractérisation des personnages ou de la dynamique de leurs relations. Si la bascule définitive oblige toutefois à un dernier tiers plus conventionnel, sa conclusion audacieuse et marquante ne peut laisser indifférent.

L’intensité dramatique du film repose ainsi sur son assise émotionnelle forte, qui fait tout le conflit de l’intrigue entre le personnage qui vit bien sa perte et celui qui veut hurler de continuer de « voir » le fantôme. The Invitation prend des allures de tragédie horrifique sur l’incapacité de l’homme à faire son deuil et à supporter sa condition, bien au-delà de sa qualité de film intimiste. Contrairement à d’autres films d’horreur du même acabit, le dernier tiers ne déstabilise en aucun cas l’intérêt de la première partie, bien au contraire, si bien que The Invitation se laisse revoir plusieurs fois avec toujours le même plaisir.

The Invitation est un film saisissant, un modèle d’équilibre entre inquiétude et paranoïa, servi par une atmosphère oppressante au possible. Tragédie horrifique, le film de Karyn Kusama puise également sa force dans son assise dramatique et sa qualité technique, pour être l’un des meilleurs huis-clos disponibles sur Netflix. À voir et à revoir.

(4,5 / 5)

Réalisation : Karyn Kusama
Scénario : Phil Hay, Matt Manfredi
Avec  Michiel Huisman, Logan Marshall-Green, John Carroll Lynch
Sortie française le 8 juillet 2016 (VOD)
Épouvante, thriller

Par une sombre nuit, Will est invité à un dîner chez son ex-femme et son nouveau mari. Au cours de la soirée, il s’aperçoit que ses hôtes ont d’inquiétantes intentions envers leurs invités.

 


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