[Critique] Plaire, aimer et courir vite : un Christophe Honoré séduisant

Christophe Honoré est de ces réalisateurs dont l’œuvre est désormais facilement identifiée, pour le meilleur et pour le pire. Pour certains, c’est sans aucun doute chez Honoré qu’on reconnait le fameux « film français » dans ses travers les plus évidents. En sera-t-il de même pour son nouveau film ? Plaire, aimer et courir vite est le premier Honoré à revenir à Cannes après Les Chansons d’amour, comédie dramatique portée par le duo Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps, le film qui ne cache pas ses traits autobiographiques a ses défauts, mais ne manque pas de charme.

La posture Honoré

Comme il raconte une histoire qui date aujourd’hui de presque vingt ans, Plaire, aimer et courir vite peut se permettre une cigarette à la bouche en toute occasion ! En reprenant les clichés les plus communs du cinéma français gentiment bobo avec un relâchement qui lui est propre, Honoré a au moins le mérite d’assumer jusqu’au bout son style.

Alors Plaire, aimer et courir vite a les défauts de cette stylisation, à savoir qu’il perd souvent en âme à force de citations et « romanticisation ». Au point qu’on perd le sentiment de la réalité du petit monde clos de Christophe Honoré, tant il développe son propre univers, avec une cohérence complète de la bande-originale aux clins d’oeil cinématographiques et littéraires permanents. La forte dimension autobiographique du film n’aide pas forcément : il y a du Honoré dans Arthur, également breton, dont la chambre à l’écran n’est autre que l’appartement occupé par le réalisateur dans sa jeunesse !

Ainsi, même en abordant le Sida, Plaire, aimer et courir vite ne prend pas le même chemin que 120 Battements par minute et évoque tout au plus Act Up au détour d’un dialogue, sans s’attarder plus avant sur les circonstances politiques qui entourent la maladie. Maintenant, il y a dans le film une tendance à s’élever pour proposer, malgré tout, une réflexion sur la beauté des corps – comme souvent chez le réalisateur -, même ceux marqués par la maladie, sur la sexualité, quelle que soit son expression, sur l’amour et l’urgence de vivre. Et c’est bien là finalement qu’il se dégage encore quelque chose du cinéma de Honoré, au-delà de la posture et de la citation.

La tendresse d’un trio attachant

Plaire, aimer et courir vite est un rappel à l’urgence de vivre et d’aimer. Le film gagne en sensibilité authentique à mesure qu’il associe ainsi à Jacques le formidable Arthur, incarnation d’une force vive, de la jeunesse et de la vie comme elle est, comme elle vient. Film elliptique, il ne montre finalement pas tant ces deux-là ensemble qu’il ne les dit comme tels d’un bout à l’autre, par son montage parallèle et ses prises de liberté avec la réalité, par sa mise en scène, comme si la première rencontre ne s’était jamais interrompue. Ces petits détails qui n’en sont pas font toute la fluidité et la poésie du film.

Au duo Deladonchamps/Lacoste, s’ajoute l’excellent Podalydès, troisième voix appréciable qui a le mérite de nuancer l’antagonisme symbolique jeunesse/vieillesse. Le film a sa part de mélodrame, mais ne sombre pas dans la lourdeur et lui préfère la tendresse, bienveillante, mais sans complaisance, vis-à-vis de ses personnages et de leurs jeux de séduction.

Plaire, aimer et courir vite ne se départit pas entièrement de ses tendances poseuses, mais trouve peu à peu sa voie de film d’amour partagé entre mélancolie et urgence de vivre. Porté par un trio d’acteurs tout à leur aise, ce nouveau Honoré a pour lui beaucoup de tendresse et d’envie, ce qui en fait une comédie dramatique indéniablement plaisante.

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Réalisation : Christophe Honoré
Scénario : Christophe Honoré
Avec  Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès
Sortie française le 9 mai 2018
Comédie dramatique

1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

 

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