Deadpool 2

Après le déferlement impressionnant d’Avengers : Infinity War au box-office international, Deadpool 2 tente de faire à nouveau vibrer le public sur un autre registre : celui de l’irrévérence trash. Après plusieurs semaines de marketing agressif et fidèle à l’insolence de son “héros”, le film sort enfin dans les salles françaises, dirigé cette fois-ci par David Leitch (Atomic Blonde) et toujours incarné par Ryan Reynolds. Dans la lignée du premier opus, sans le plaisir de la découverte, Deadpool 2 se cantonne à une intrigue paresseuse à la limite de la ringardise, à des personnages et des enjeux survolés, au profit d’un “humour” bas de plafond et de vannes méta qui finissent par lasser. Attention, spoilers !

“Lazy writing”

Briser le quatrième mur en qualifiant plusieurs fois le scénario de paresseux n’empêche en rien le scénario, eh bien, d’être paresseux. Guère de surprise dans ce deuxième volet de Deadpool, si ce n’est celle de la ringardise de son intrigue qui reprend l’un des tropes les plus éculés des comics des 90’s, à savoir la femme dans le frigo, et ce d’entrée de jeu. Autant dire que pour un film de super-héros qui prétend se démarquer par son sens de l’irrévérence et de la subversion, on repassera !

En vérité, Deadpool 2 reprend les mêmes et recommence, ajoute tout de même un ou deux nouveaux éléments, mais oublie systématiquement de les utiliser au-delà de la blague et/ou de la pure force de combat. On peut en revanche apprécier l’entrée de Russell et Domino, le premier assure en effet une très légère assise émotionnelle tandis que la deuxième – tout du moins, son pouvoir – donne lieu à la meilleure séquence dynamique du film. La plus grande déception, c’est bien Cable  ! Il hérite d’une caractérisation aussi finaude que celle de… eh bien tous les autres personnages du film, à savoir superficielle et datée. Produits marketing ou personnages ? Il devient délicat de faire la différence.

Quid de l’action ? De la part du réalisateur d’Atomic Blonde et de John Wick, qui plus est d’un cascadeur, on pouvait espérer de grandes séquences de combat. Malheureusement, si les chorégraphies sont pour la plupart bien orchestrées, ce sont les effets spéciaux qui ne sont pas à la hauteur, notamment dans un finale à ce titre peu convaincant.

Provocation niveau CM2

Subversion rime chez Deadpool avec vannes de collégiens et tripes et mains qui volent, comme une réponse trash aux productions Disney condamnées à être accessibles aux plus jeunes. Si cela pouvait en satisfaire quelques uns dans le premier volet, ici, on a le sentiment d’avoir déjà fait le tour. Les dialogues se distinguent avant tout par leur platitude et les blagues/running gag par leur sens inégalé du forcing. Sans surprise, plus ça force, moins ça passe !

Si le film avait le mérite de réserver, derrière cet enrobage lourdingue, quelque réflexion sur son propre rapport à la violence, à la morale et à l’héroïsme, on pourrait malgré tout y trouver son compte mais que nenni ! Alors qu’il y avait réellement matière à faire quelque chose de l’intrigue de Russell notamment, le film prend le parti d’en rester à la surface, de façon systématisée, pour livrer une parodie de ceci, puis une parodie de cela, faire référence à ceci, puis à cela, sans même parvenir à être, a minima, ludique pour le spectateur. Conséquence évidente : ni l’humour, ni l’émotion ne trouvent leur public. Finalement, tous les films dont Deadpool se moque allègrement lui sont vastement supérieurs et les références jouent alors cruellement en sa défaveur : alors qu’il lance par exemple de sévères piques à Wolverine et Logan, le film embarrasse en abordant pourtant la même thématique de la paternité.

Beaucoup d’esbroufe pour pas grand chose : Deadpool 2 semble avoir pris dix ans de retard sur ses congénères en matière de réussite technique et d’intelligence narrative. D’une lourdeur écrasante, ce nouveau volet voudrait piéger le spectateur par un savant jeu d’illusion mais échoue finalement à dissimuler sa vacuité et sa bêtise.

(2 / 5)

Réalisation : David Leitch
Scénario : Rhett Reese, Paul Wernick, Ryan Reynolds
Avec  Ryan Reynolds, Josh Brolin, Morena Baccarin
Sortie française le 16 mai 2018
Super-héros

L’insolent mercenaire de Marvel remet le masque !
Plus grand, plus-mieux, et occasionnellement les fesses à l’air, il devra affronter un Super-Soldat dressé pour tuer, repenser l’amitié, la famille, et ce que signifie l’héroïsme – tout en bottant cinquante nuances de culs, car comme chacun sait, pour faire le Bien, il faut parfois se salir les doigts.  


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