Verónica

Verónica signait en janvier 2018 le retour de Paco Plaza à la réalisation et l’horreur. Pour cette nouvelle proposition de film de genre, le réalisateur des Rec s’appuie sur un fait divers espagnol qui a beaucoup fait parler de lui et pour cause : connue sous le nom de l’affaire Vallecas, le cas Verónica reste aujourd’hui inexpliqué et les rapports d’enquête font état d’éléments surnaturels. Autant dire que le film était attendu au tournant ! Malheureusement, Verónica ne se démarque ni par son originalité ou son efficacité, mais séduit par la qualité de son esthétique et de sa mise en scène.

Un récit balisé

Quantité de variations cinématographiques ont succédé à L’Exorciste, mais peu ont su s’écarter d’une structure narrative désormais balisée. Verónica n’y échappe pas complètement et applique sagement la recette du film surnaturel, dans son décor madrilène des années 90 finalement peu incarné. Entre scène de spiritisme avortée et présence d’une sœur inquiétante, la première partie de Verónica souffre de sa prévisibilité et simultanément de la lenteur de son rythme. Sans doute y a-t-il en vérité une part d’hommage au cinéma d’horreur états-unien, signalée par la bande-originale qui reprend la tendance au morceau de synthé des années 70-80, mais cela ne suffit pas à susciter un réel engagement. Difficile de ne pas voir, dans l’utilisation du flashforward d’entrée de film, un artifice pauvre et facile destiné à rappeler au spectateur la perspective du climax horrifique ; alors même qu’on a déjà eu droit au fameux panneau « attention histoire vraie » ! Et à peine le film s’emballe-t-il qu’il nous laisse à nouveau sur notre frustration, malgré quelques effets très réussis.

Veronica

Ombres et lumières

Si on ne reconnaît guère la singularité du film dans l’intrigue de Verónica, on peut en revanche apprécier la qualité de sa mise en scène. La manière dont Plaza explore le petit espace de l’appartement familial lui permet d’installer une atmosphère oppressante au possible, en s’appuyant notamment sur les vrais/faux cloisonnements entre les différentes pièces (porte vitrée et chambre visible par le coin de l’immeuble). L’horreur se déployant comme souvent la nuit venue, la mise en scène développe un savant jeu d’ombres et de lumières (et de couleurs !), qui ne tient pas tant à la qualité des effets spéciaux qu’à la précision technique ou la beauté presque enfantine des silhouettes sombres qui vont de mur en mur à la manière d’ombres chinoises.

Veronica

À ce titre, Plaza alterne avec réussite entre les éléments somme toute ludiques et enfantins du genre (le Ouija, les récitations, les monstres sous le lit et les amulettes en papier) et ceux, terre-à-terre, de la violence morbide et cruelle dont l’expression la plus glaçante dans le film est l’irruption soudaine du cadavre nu du père marchant vers Veronica. C’est que Verónica fait aussi dans le sous-texte psychologique, comme bien d’autres films d’horreur dont les héros/victimes sont des enfants/adolescents, en évoquant par-delà le cas de possession la question du deuil et du passage à l’âge adulte dans sa violence la plus marquée. Sans grande finesse ni originalité, c’est certain, mais avec une force dramatique poignante due en partie à l’excellente interprétation de Sandra Escacena (attention, il faut voir le film en version originale !).

Verónica est une variation horrifique sur le thème de la possession qui ne surprendra personne, mais confirme une fois de plus le talent de metteur en scène de Paco Plaza. 

(3,5 / 5)

Réalisation : Paco Plaza
Scénario : Paco Plaza, Fernando Navarro
Avec  Sandra Escacena, Bruna González, Claudia Placer
Sortie française le 24 janvier 2018
Horreur

À Madrid, après avoir participé à une séance de spiritisme avec ses amies, une jeune fille est assaillie par des créatures surnaturelles qui menacent de s’en prendre à sa famille.
Le seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole.


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