Killing Eve

Nouveauté 2018 diffusée sur BBC America, Killing Eve a beaucoup fait parler d’elle outre-Atlantique, et pour cause : directement renouvelée pour une deuxième saison, elle marque également le retour dans un rôle titre de Sandra Oh (Cristina Yang dans Grey’s Anatomy). Belle surprise totalement addictive, la série créée par Phoebe Waller-Bridge surprend par sa liberté de ton et sa relecture des fictions d’espionnage généralement réservées aux hommes. Un vrai bonheur !

Jeu du chat et de la souris

Au jeu du chat et de la souris, Killing Eve a su se démarquer par son duo principal féminin et sa tendance entièrement assumée à reprendre et détourner certains codes de la comédie romantique. Une chose est sûre : la réussite de la série tient en grande partie au talent de son casting principal ! Jodie Comer, l’actrice britannique qui s’est notamment fait remarquer dans Doctor Foster et Thirteen, interprète ainsi Villanelle, tueuse à gage sans pitié et sociopathe assumée, avec panache, quitte à cabotiner par moments pour mieux incarner la personnalité fascinante de « l’héroïne ». Dans la catégorie des personnages de méchants de télévision dont on ne peut très vite plus se passer, Villanelle rentre directement dans le top 3 !

Drôle, sexy, intense, Villanelle serait toutefois bien moins intéressante sans Eve Polastri, l’agente du MI6 incarnée à l’écran par la brillante Sandra Oh qu’on connait surtout pour son rôle de Cristina Yang dans Grey’s Anatomy. À l’opposé de Villanelle, Eve Polastri a tout d’une ménagère bien installée, en couple, avec un travail de bureau, elle forme d’entrée le contrepoint réaliste bienvenu de la série d’espionnage. Et c’est sans doute cette association totalement improbable qui fait tout le sel de la série : Killing Eve parvient à composer entre comédie d’espionnage, romance et thriller, avec une aisance qui ne tient finalement qu’à sa capacité à tout oser et assumer entièrement son sous-texte romantique. La rencontre entre l’une et l’autre est aussi celle de deux univers, l’un de la petite vie rangée, l’autre du luxe et de l’aventure, l’un sans aucun doute réaliste, l’autre inspiré des fictions d’espionnage à la limite du fantasmé, pour une relecture au vitriol des rôles assignés aux femmes dans le genre souvent bien masculin des fictions d’espionnage. Rien de tel pour manifester d’un sens de l’auto-dérision exceptionnel d’un bout à l’autre ! On reconnait là tout le talent de la scénariste Phoebe Waller-Bridge dont on a déjà pu apprécier le talent dans Fleabag.

Les deux personnages disposent d’une alchimie surprenante et convaincante, qui n’est pas loin d’éclipser le reste du cast. Pourtant, il ne faut pas oublier de mentionner l’excellente Fiona Shaw, qu’on a vu interpréter Pétunia dans la saga Harry Potter, dans le rôle ambigu de Carolyn Martens, ou encore celui de Kim Bodnia, acteur danois passé par la série Bron et ici associé à Villanelle dans un rôle tout aussi trouble.

Addictive et décomplexée

Adaptée du roman Codename Villanelle de Luke Jennings, Killing Eve a su se développer très rapidement en n’hésitant jamais à prendre un temps d’avance sur le spectateur. C’est simple : ça va vite, très vite ! On ne pourra pas accuser la série d’avoir cédé au remplissage tant chaque épisode contient à lui seul l’action d’une saison entière d’autres séries. La force de la série consiste ainsi à s’appuyer sur un rythme effréné, à grands renforts d’ellipses et de changements de lieux récurrents. Naturellement, cela peut quelquefois nuire à la suspension de crédibilité de la série à qui on peut reprocher ici et là d’en faire un peu trop, surtout du côté de Villanelle, néanmoins, c’est aussi tout son charme dès lors qu’on se prend au jeu. Et l’audience de la série parle d’elle-même : elle n’a cessé de monter ! Une évolution suffisamment rare pour être soulignée.

L’une des principales qualités de la série repose sur sa manifestation habile de ruptures de ton. En embrassant l’attitude de son personnage de tueuse, elle en reprend ainsi la noirceur, l’humour et l’arrogance, parfois en une seule scène. Killing Eve a beau détourner en partie les codes de la série d’espionnage, elle n’en est pas pour autant inoffensive et ose tuer des personnages et préserver ainsi le sentiment de danger-osité de la première à la dernière seconde. De fait, la série aurait pu sombrer en composant entre romance et thriller, mais elle trouve là finalement matière à nuancer et complexifier ses deux protagonistes pour surprendre le spectateur, sans perdre sa cohérence dans son effort de caractérisation.

Série d’espionnage décomplexée, Killing Eve est l’excellente surprise des nouveautés séries de cette année 2018. Portée par un duo d’actrices tout à son aise et par son humour indéfectible, elle devient proprement addictive grâce à sa narration rythmée et son jeu de ruptures de ton permanent. 

(4,5 / 5)

Création : Phoebe Waller-Bridge
Scénario : Phoebe Waller-Bridge
Avec Sandra Oh, Jodie Comer, Fiona Shaw
Sortie en 2018
Drame, thriller

Deux femmes. Eve est un agent du MI5, les services secrets britanniques. Brillante, elle s’ennuie dans le triste travail de bureau auquel elle est confinée, à mille lieues des fantasmes d’agent secret qu’elle nourrissait en croyant devenir espionne. Villanelle est une tueuse. Brillante elle aussi, elle apprécie le train de vie luxueux que lui permet le drôle de métier qu’elle s’est choisi. Lorsque leurs chemins s’entrecroisent, rien ne sera plus jamais pareil, pour l’une comme pour l’autre…


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