[Critique] Jurassic World : Fallen Kingdom : Bayona ne sauve pas les meubles

Après un premier volet qui n’aura pas entièrement conquis la critique, Jurassic World revient en salles avec Fallen Kingdom, porté par les têtes d’affiche Chris Pratt et Bryce Dallas Howard. Cette fois, Juan Antonio Bayona (The Impossible, Quelques minutes après minuit) s’attèle à la réalisation du blockbuster, celui qu’on a souvent qualifié d’héritier de Spielberg succède ainsi à Colin Trevorrow, toujours présent à l’écriture. Autant dire qu’il y avait de quoi attiser la curiosité et faire espérer un retour aux sources plus enthousiasmant. Le résultat n’est pour autant pas à la hauteur des attentes et contente, au mieux, par quelques jolis coups d’éclats de mise en scène.

Bête et superficiel

S’il y a bien un reproche qu’on aurait souhaité ne plus avoir à faire au deuxième volet de Jurassic World, c’est celui d’échouer à écrire des personnages crédibles et convaincants. En lieu et place de personnalités, nous devons subir une typologie de caractères qui surprend encore par sa ringardise, notamment dans sa déclinaison accablante de personnages masculins répartis entre le mâle alpha, le capitaliste et le trouillard. Les personnages secondaires surclassent les protagonistes en matière d’écriture superficielle dont l’objectif principal se résume certainement à intégrer un personnage féminin fort (quelle vaste supercherie !) et un contrepoint comique avec le geek froussard. Manifestement, le duo Trevorrow/Connolly n’a pas su corriger le tir. On pourrait également critiquer le jeu de Chris Pratt, dans la mesure où il se limite à froncer les sourcils et faire le cow-boy, mais compte tenu de la pauvreté de la matière avec laquelle il a fallu composer, peut-être n’est-ce pas la bonne cible.

Le récit même ne surprendra personne, pour peu que vous ayez vu la bande-annonce, vous aurez vu le film. Alors qu’il commence fort, par une première partie très dynamique dont la séquence forte ne sera pas égalée dans la suite, Jurassic World : Fallen Kingdom s’engonce dans une seconde partie plus laborieuse faute de rythme et de tension. D’une certaine façon, ce deuxième volet laisse sur le sentiment d’être une transition vers LE film auquel ce renouveau de la saga nous préparait depuis le début. Dans l’attente de cette suite dont nous ne pouvons nier le potentiel, thématique, narratif, créatif, Fallen Kingdom s’arrête à une critique évidente de l’eugénisme et du pouvoir capitaliste. Maintenant, le film a le mérite de poser le problème et de prendre son parti (anti-spéciste), tout en évoquant dans le même temps la portée et l’ampleur de son sujet. Le problème est qu’il ne l’incarne à défaut que par le biais d’une intrigue peu engageante, qui redouble le méchant « humain » d’un méchant « dino », l’un comme l’autre tellement peu approfondis qu’ils en restent à des éléments de dramatisation utiles pour le sensationnalisme des morts ou des duels entre dinos.

L’effet Bayona

La seule réussite de Fallen Kingdom se résume en un nom : Bayona ! Désormais à la réalisation, l’homme à qui on doit Quelques minutes après minuit et The Impossible a souvent été qualifié de digne héritier de Steven Spielberg. Forcément, dans ces conditions, on ne pouvait qu’espérer le voir derrière la caméra du deuxième volet de Jurassic World. Sans surprise, le réalisateur déploie tout son talent de mise en scène, dans des séquences d’action palpitantes, mais aussi à travers une série de plans exceptionnels qui relèvent considérablement le niveau du film en lui ajoutant même, au moins dans sa première partie, une certaine puissance émotionnelle.

Bayona reprend l’iconographie maintenant célèbre de la saga et rend hommage au maître, par un savant jeu d’ombres et de lumières, de perspective et de contre-plongée pour mieux incarner les thématiques de la saga : le dinosaure comme monstre, cauchemar des enfants, la sauvagerie de la nature, la perturbation de l’homme, entre autres. Les effets spéciaux plus convaincants que dans le premier volet rendent compte de cette association entre la réalité du cauchemar et la beauté des « monstres » : chaque apparition de dinosaure fait ainsi son petit effet ! En revanche, exit le sentiment de danger qui pèse sur les protagonistes, même dans les scènes qui, pourtant, auraient dû donner des sueurs froides.

Malgré la présence de Bayona à la réalisation, Jurassic World : Fallen Kingdom souffre encore d’un scénario paresseux et superficiel qui n’a d’égal que la ringardise de la caractérisation de ses personnages.

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Réalisation : Juan Antonio Bayona
Scénario : Colin Trevorrow, Derek Connolly
Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Rafe Spall
Sortie française le 6 mai 2018
Aventure, Science-fiction

Cela fait maintenant trois ans que les dinosaures se sont échappés de leurs enclos et ont détruit le parc à thème et complexe de luxe Jurassic World. Isla Nublar a été abandonnée par les humains alors que les dinosaures survivants sont livrés à eux-mêmes dans la jungle. Lorsque le volcan inactif de l’île commence à rugir, Owen et Claire s’organisent pour sauver les dinosaures restants de l’extinction. Owen se fait un devoir de retrouver Blue, son principal raptor qui a disparu dans la nature, alors que Claire, qui a maintenant un véritable respect pour ces créatures, s’en fait une mission. Arrivant sur l’île instable alors que la lave commence à pleuvoir, leur expédition découvre une conspiration qui pourrait ramener toute notre planète à un ordre périlleux jamais vu depuis la préhistoire.

 

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