[Critique] Ocean’s 8 : un divertissement sans saveur

Plus de quinze années après Ocean’s Eleven, le film de braquage signé Steven Soderbergh qui a marqué les esprits par son style et son scénario malin, Ocean’s 8 propose une variation au féminin en guise de séquel à la franchise. Avec pour têtes d’affiche Sandra Bullock et Cate Blanchett, Ocean’s 8 promettait au moins d’être un divertissement de qualité. Mauvaise surprise : le film de Gary Ross n’est jamais à la hauteur de son casting et laisse franchement perplexe devant la paresse de son écriture.

Un casting 5 étoiles sous-exploité

Ocean’s 8 aligne les grands noms du cinéma : Sandra Bullock et Cate Blanchett mènent la danse, suivies par une Anne Hathaway en grande forme et une Sarah Paulson à son aise. Rihanna, Mindy Kaling, Awkwafina et Helena Bonham-Carter héritent de rôles plus limités auxquels on s’intéresse bien moins. Le problème est, dans cette suite de la série des Ocean, que la dynamique de groupe qui en faisait en partie le charme est inexistante, la faute non pas au casting mais à la mise en scène et aux dialogues paresseux ainsi qu’à la caractérisation superficielle de ses personnages. Seules Debbie et Lou disposent d’une relation qui donne l’impression d’exister hors-champ en bénéficiant d’une histoire et d’une complicité qui donne davantage de piquant à l’intrigue. Pour le reste, on retient simplement quelques moments d’éclats de la part du casting disséminés ici et là pour un amusement limité : un peu d’excentricité d’Helena Bonham-Carter, de surjeu conscient de soi de Anne Hattaway, c’est assez pour nous faire décrocher un sourire de temps à autre. Mais outre par son casting, de quelle manière ce Ocean’s 8 se différencie-t-il véritablement de Ocean’s Eleven ?

C’est sans aucun doute du côté de Daphne Kluger qu’on trouve une partie de réponse et qu’on reçoit ce qu’on était en droit d’attendre d’un Ocean au féminin : le personnage d’Anne Hathaway reprend à grands traits la caricature de la star-diva, pour travailler dans le même temps la question de l’empowerement. Une intrigue dès lors intéressante parce qu’elle joue des attentes et des clichés de ce genre de rôle féminin au cinéma, mais parfaitement attendue. On appréciera également un discours de motivation qui à contient à lui seul plus de piquant que l’ensemble du film. En revanche, il faut subir une histoire de vengeance sur un ex peu engageante et même, à la longue, vaguement agaçante. En reprenant et détournant avec bon sens le modèle de Ocean’s Eleven, cette sous-intrigue reste décevante et, à bien y penser, n’apporte guère au film.

Ocean's 8

Supposément la réunion parfaite des criminelles les plus compétentes dans leur domaine, Ocean’s 8 ne parvient pas entièrement à nous convaincre précisément de ces compétences et de la cohérence de cette équipe autrement que sur le papier. L’idée du cast exclusivement féminin, pour un film de braquage, avait de quoi attiser l’enthousiasme et a confirmé l’intérêt du public puisque le film a déjà dépassé les précédents Ocean en termes de recettes. La reprise de films célèbres de la culture populaire pour une variation au féminin continue quoi qu’il en soit de marcher et c’est sans aucun doute un signal fort pour l’industrie cinématographique, dont on peut reconnaître l’importance. Néanmoins, dans le cas d’Ocean’s 8, le résultat n’est pas à la hauteur.

Intrigue plate et prévisible

L’intrigue d’Ocean’s 8 s’arrête à la plus grande simplicité et, contrairement aux autres Ocean, ne jouera jamais d’effets de surprises – et de tromperies – avec le spectateur (tout du moins s’y essaie-t-il en vain). Prévisible, le scénario laisse se dérouler le fil de son intrigue en pèchant par défaut de rythme et de « fun », a fortiori dans une dernière partie qui aurait dû être le points culminant, si bien qu’il laisse à découvert quelques éléments peu crédibles, sans pour autant supposer toute chance de danger ou de risque. L’enrobage reste au demeurant efficace : quelques split screen, le flow jazzy en arrière-plan, le glamour et le style sont de la partie, pour assurer a minima un divertissement décontracté.

Ocean's 8

Mais Gary Ross, le réalisateur de Hunger Games, n’a pas la même virtuosité ni le style que Soderbergh et Ocean’s 8 reste comme encombré de son identité de séquel quand, peut-être, il aurait gagné à s’éloigner de la franchise pour donner lieu à un film plus assumé et décomplexé. Parce qu’en vérité, ici, tout est à demi-mots et en demie-teinte : peu d’humour, de dérision, de piques, une décontraction qui ne peut guère s’apprécier sans contrepoint de tension, un sous-texte romantique entre les deux têtes d’affiche réduit à peau de chagrin et une mise en scène sans identité… On se surprend à espérer que Ocean’s 8 ose, enfin, à quelque niveau que ce soit, se défendre d’être plus qu’une tentative vaine de donner un nouveau souffle à une franchise.

Ocean’s 8 est un divertissement qui se repose largement sur son cast féminin exceptionnel, en oubliant au passage de fournir de bons dialogues, une intrigue consistante et une mise en scène personnelle. On passe un bon moment, sans plus.

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Réalisation : Gary Ross
Scénario : Gary Ross, Olivia Milch
Avec Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway
Sortie française le 13 juin 2018
Comédie, Policier

Cinq ans, huit mois, 12 jours… et le compteur tourne toujours ! C’est le temps qu’il aura fallu à Debbie Ocean pour échafauder le plus gros braquage de sa vie. Elle sait désormais ce qu’il lui faut : recruter une équipe de choc. À commencer par son « associée » Lou Miller. Ensemble, elles engagent une petite bande d’expertes : Amita, la bijoutière, Constance, l’arnaqueuse, Tammy, la receleuse, Nine Ball, la hackeuse et Rose, la styliste de mode. Le butin convoité est une rivière de diamants d’une valeur de 150 millions de dollars. Le somptueux bijou sera autour du cou de la célèbre star Daphne Kluger qui devrait être l’objet de toutes les attentions au cours du Met Gala, l’événement de l’année. C’est donc un plan en béton armé. À condition que tout s’enchaîne sans la moindre erreur de parcours. Enfin, si les filles comptent repartir de la soirée avec les diamants sans être inquiétées…

 

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