[Critique] Hérédité : terreur en salles

Avec Hérédité, Ari Aster rappelle au public que l’horreur est l’affaire de toutes et tous et qu’elle, plus que jamais, vous fera trembler dans vos sièges. Proposition qui évoquera les grands classiques du genre, le film porté par Toni Collette s’appuie notamment sur une précision technique impressionnante et une imagerie marquante diablement efficaces.

Prouesse technique

Comme pour beaucoup de films d’horreur, on ne prend guère de risque en affirmant qu’il est préférable de faire l’expérience d’Hérédité en salles. Mais là où il se distingue des autres, c’est dans la précision et l’exigence de son travail sonore, dont la composition tire parti de la spatialisation de la salle. Ari Aster évite judicieusement l’abus de jump scare et leur préfère ainsi une association habile entre « bruits » et bande-originale, au point de développer une atmosphère oppressante terriblement efficace qui ne peut qu’attiser la nervosité physique du spectateur.

De fait, la mise en scène incite le spectateur à faire la même expérience de l’horreur que ses personnages : explorant le décor d’une maison hantée par la perte, refusant souvent de voir la réalité en face comme on ferme les yeux devant l’insupportable à l’écran. La richesse des plans, qui regorgent tous de détails symboliques et signifiants dans leur arrière-plan, empêche toutefois de se détourner entièrement… Sous son allure de drame familial, Hérédité ne laisse aucun répit, jusqu’à un finale plus éprouvant que jamais. Ari Aster recourt fréquemment aux ellipses, sans sacrifier la cohérence et la bonne tenue de son intrigue, préférant une logique narrative plus proche de celle du cauchemar éveillé.

La réalité de l’horreur

Hérédité s’approche de L’Exorciste, et d’autres films de possession et de spiritisme, au moins thématiquement, mais a tout d’un drame familial dont l’horreur se dissimule dans les cartons, dans le grenier et dans les cauchemars. Son ancrage réaliste entre en complète harmonie avec ses éléments fantastiques, jusqu’à laisser le doute sur la réalité de l’horreur purement surnaturelle en jouant d’hors-champs et d’allusions récurrentes à un passif de maladie mentale. On pourra reprocher alors de verser dans le cliché de la psychiatrisation, et peut-être est-il dommage que le film ne prenne aucun recul vis-à-vis de son sujet, de ses personnages et de ce qu’il connote malgré lui.

Mais c’est aussi ce qui en fait toute la force dramatique et la puissance horrifique : son absence de recul, son premier degré et sa littéralité qui confronte, sans sommation, une famille au traumatisme de la mort, de la perte, de la faillite des responsabilités. Toni Collette incarne ainsi avec son talent habituel le rôle complexe d’Annie, fille et mère en deuil, tandis que Alex Wolff et Milly Shapiro impressionnent dans leur interprétation des enfants. Hérédité est terrifiant en ce qu’il présente la mort dans ce qu’elle a de plus réel et irréel à la fois : inacceptable, improbable, intolérable, violente. L’angle du spiritisme et de la possession fait le contrepoint de la réponse religieuse à la détresse du deuil et, à ce titre, ne laisse place à aucun espoir. L’espèce d’irréalité et d’improbabilité de la mort s’exerce aussi dans ses apparitions quasiment loufoques, d’un morbide ridicule, qui surgit dans Hérédité par le biais d’une imagerie perturbante et marquante. Dommage toutefois de ne pas faire grand chose de certaines de ses bonnes idées et trouvailles visuelles, notamment celles des maisons de poupées dont la pertinence et l’intérêt ne semblent finalement reposer que sur sa puissance purement méta ou, à la limite, de suggestion.

Hérédité est le rappel bienvenu que l’horreur a encore de grands jours devant elle ! Techniquement impressionnant, le film d’Ari Aster ne peut laisser indifférent devant la puissance dramatique et suggestive de ses images. On lui pardonne ses quelques défauts sans hésiter.

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Réalisation : Ari Aster
Scénario : Ari Aster
Avec   Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff
Sortie française le 13 juin 2018
Épouvante, horreur, drame

Lorsque Ellen, matriarche de la famille Graham, décède, sa famille découvre des secrets de plus en plus terrifiants sur sa lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

 

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