[Critique] Fleuve noir : un thriller médiocre

Thriller français adapté du roman israélien Une disparition inquiétante, Fleuve noir est la nouvelle réalisation d’Erick Zonca (La Vie rêvée des anges), avec en têtes d’affiche Vincent Cassel et Romain Duris. Promesse d’un film sombre et efficace, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes.

Un antagonisme faiblard

Au rand des polars français, voici donc le nouveau venu Fleuve noir, adaptation sombre et fangeuse dans laquelle Vincent Cassel et Romain Duris jouent à un jeu de chat et de la souris dont nous somme les témoins malheureux. À quel moment franchit-on la limite entre film noir dans la pure tradition des polars français et caricature ringarde d’un genre usé jusqu’à la moelle par toutes ses variations ? Peut-être au moment précis où Cassel force le trait d’un commandant lui aussi, usé jusqu’à la moelle, alcoolique, qui cumule toutes les tares possibles du mauvais flics à la française : misogyne, homophobe, raciste et violent. Celui-là même qui reprend le personnage de Romain Duris alors qu’il ne cesse de lui adresser des « inspecteur » : « c’est commandant maintenant, inspecteur, ça date de 1995 » (à peu près). Comme Fleuve noir, peut-être.

Au personnage d’enquêteur insupportable, on oppose celui du suspect qui attise la méfiance par sa… bizarrerie. Duris, comme Cassel, force jusqu’à faire le possédé, mais n’est pas aidé par les dialogues dont l’espèce de fausse intelligentsia prétend faire le contrepoint à la langue bien pendue de Visconti. Cet antagonisme aurait pu faire tout le sel du film, mais perd en puissance faute à l’absence de nuance, l’étude psychologique s’arrêtant au bas de plafond, étirant le cliché du professeur raté et n’accordant aucun crédit à ses fausses pistes (sans parler des sous-intrigues abandonnées en cours de route).

Noir, c’est noir…

De fait, l’intrigue (l’enquête) se concentre tellement sur lui qu’elle en oublie toute perspective et, en conséquence, semble paradoxalement avertir le spectateur de son dénouement. Sans parvenir à intéresser qui que ce soit à l’obsession de Visconti, pour la simple raison qu’il s’interdit (fort heureusement) tout appel à la sympathie, mais n’installe pour autant aucun recul vis-à-vis des actions du personnage. En somme, on assiste à une nouvelle variation, sage (et molle) précisément parce que crasseuse, d’un énième polar dont les ficelles se rompent passé le premier acte.

On ne trouvera pas non plus dans Fleuve noir une identité visuelle forte, un sens du montage ou de la direction d’acteur qui en feront plus qu’un mauvais thriller. En revanche, on admettra que Zonca a le mérite d’aller au bout de la noirceur de l’intrigue, si bien que rétrospectivement, on se dit qu’il y avait sans aucun doute mille autre manières de filmer cette histoire pour faire de la solitude de ses êtres et de leur violence accablante envers ceux qui les entourent le véritable enjeu dramatique.

Fleuve noir a tout d’une bonne copie sans âme dont les intentions laissent perplexe. Vincent Cassel et Romain Duris forcent le trait de personnages si souvent « déjà-vus » qu’on peine à en faire quelque chose de bien réel, de bien tangible. Par défaut de rythme et de style, ce nouveau « polar à la française » interroge sur la pertinence actuelle de ce genre. Sans intérêt. 

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Réalisation : Erick Zonca
Scénario : Dror Mishani (auteur du roman), Erick Zonca
Avec  Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain
Sortie française le 18 juillet 2018
Thriller

Au sein de la famille Arnault, Dany, le fils aîné, disparaît. François Visconti, commandant de police usé par son métier, est mis sur l’affaire. L’homme part à la recherche de l’adolescent alors qu’il rechigne à s’occuper de son propre fils, Denis, seize ans, qui semble mêlé à un trafic de drogue. Yan Bellaile, professeur particulier de Dany, apprend la disparition de son ancien élève et propose ses services au commandant. Il s’intéresse de très près à l’enquête. De trop près peut-être…

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