[Critique] The Guilty : un huis-clos saisissant

Thriller danois récompensé du Prix de la Critique au festival du film policier de Beaune, The Guilty a tout d’un exercice de style passionnant. Huis-clos saisissant, le film tient en une série de conversations téléphoniques qui réserve son lot de surprises.

Un exercice de style convaincant

Partant de l’idée simple de faire tenir l’intrigue d’un thriller autour d’un appel au 112, The Guilty réussit haut la main l’exercice de style auquel il se contraint. Là où The Call, le film de Brad Anderson avec Halle Berry qui repose sur la même idée, avait fini par sortir de son cadre, The Guilty maintient jusqu’au bout sa forme de huis-clos. En se limitant à une durée d’une heure vingt, le thriller évolue sans temps mort et s’appuie sur une dynamique narrative surprenante : ce sont les différentes conversations qui constituent les intrigues, se croisant, se recoupant, jusqu’à converger dans son final, à l’instar d’une réelle enquête policière.

Au-delà de l’architecture narrative efficace, The Guilty emporte l’adhésion par la précision du travail du son, dont les différentes expressions sont systématiquement lourdes de sens : la distance sonore – le brouillage – impliquant la distance émotionnelle et de compréhension quand à l’inverse, la soudaine proximité qui efface tout parasite et donne l’impression d’une conversation de vive voix évoque l’intimité et l’urgence de l’appel. On peut saluer dans le même temps la direction d’acteur, qui s’appuie sur un sens du tempo tout aussi précis afin de donner du poids au moindre silence.

Un drame humain

The Guilty prend le parti du drame humain, à force de travailler notamment la frustration et le sentiment d’impuissance de celui qui est en seule position d’écoute. Le choix d’un personnage d’ex-flic lui permet tout naturellement d’exagérer ces sentiments avec moins de subtilité, mais fait avant tout écho à la même frustration du spectateur, deuxième témoin impuissant qui jamais n’en saura plus que le flic. Sans doute est-ce là qu’on peut reprocher à The Guilty de tendre en partie vers le plaisir du voyeurisme chez le spectateur, dont le sentiment d’impuissance n’a plus rien à voir avec celui d’un secours potentiel, mais celui de vouloir en « savoir plus ».

Ce qui se confirme avec les retournements de situation, au demeurant efficaces, dont un spectateur averti et conscient d’être malgré lui « de la partie » pourra malgré tout relever les signes annonciateurs. Maintenant, l’échange dont on est témoin permet de développer en peu de mots la caractérisation de ses personnages pour dévoiler progressivement le réel enjeu du film qui ne tient plus tant à « trouver » le coupable qu’à faire en sorte qu’ils se reconnaissent eux-mêmes comme tels. De quoi éviter toute complaisance, quitte à sacrifier tout sentiment d’empathie dans une démarche plus originale que d’ordinaire.

The Guilty a le mérite de la concision et de l’efficacité. En se limitant à son concept pour l’exploiter au mieux, le thriller se déploie en drame humain saisissant. Une réussite. 

[usr 3.5 size=20]

Réalisation : Gustav Möller
Scénario :  Emil Nygaard Albertsen, Gustav Möller
Avec  Jakob Cedergren, Jakob Ulrik Lohmann, Laura Bro
Sortie française le 18 juillet 2018
Thriller

Une femme, victime d’un kidnapping, contacte les urgences de la police. La ligne est coupée brutalement. Pour la retrouver, le policier qui a reçu l’appel ne peut compter que sur son intuition, son imagination et son téléphone.

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut