[Critique] Come as you are : l’enfer de God’s Promise

Come as you are, ou The Miseducation of Cameron Post en version originale, est l’adaptation d’un roman « young adult » qui évoque le cas de la thérapie de conversion. Récompensé au festival de Sundance du Grand Prix du Jury, le film de Desiree Akhavan suit l’histoire de Cameron, incarnée à l’écran par Chloë Grace Moretz, envoyée à God’s Promise après avoir été surprise avec une autre jeune fille.

Drame intimiste touchant

Le cachet « Sundance » a maintenant tendance à ternir la réputation des films qui en héritent, limités ainsi à une série de clichés de forme dont on peut, effectivement, très vite s’agacer. C’eût été malvenu pour un film à charge contre les thérapies de conversion homophobes de reproduire ces tics esthétiques et, fort heureusement, Desiree Akhavan ne tombe pas dans le piège. Avec une bande-originale notamment discrète et un équilibre de tons surprenant, tout en restant plus « grand public » que son versant comique et camp But I’m a Cheerleader, Come as you are évolue tel un drame intimiste réellement poignant dans ses fulgurances. On compte plusieurs séquences renversantes, dans lesquelles précisément, les jeunes tentent quelque chose, ensemble, qu’il s’agisse de danser au rythme d’une chanson connue pour son historique queer, ou de dire enfin de sa vérité à l’intérieur d’une récitation de verset. Dans ses moments-là, on trouve dans le film ce qui  peut en faire sa singularité et provoquer, aussi bien émotionnellement que politiquement, le regard du spectateur.

Mais peu incarné

Alors même que le film ne laisse à voir presque rien de la vie avant, et après, la thérapie de conversion, il manque paradoxalement de précision et de force dans sa manière de la décrire, pour ce qu’elle est. S’il en montre les conséquences et les nomme dans toute leur violence, Come as you are souffre, le reste du temps d’une étrange platitude. C’est qu’il semble qu’à mesure qu’on avance, le film de Desiree Akhavan hésite entre ce drame intimiste autour du personnage de Cameron, et le film à charge sur cette violence homophobe, par ailleurs toujours d’actualité. Peut-être doit-on même regretter que l’écriture n’ait pas fait le choix de transposer cette intrigue à l’ère actuelle.

Come as you are est peu incarné alors même qu’il s’appuie sur les performances solides de son cast, de Chloë Grace Moretz à l’excellente Sasha Lane, et sur une bonne galerie de personnages secondaires que le film observe avec une bienveillance bienvenue. Le problème tient en réalité à la caractérisation superficielle, qui laisse toujours une petite distance entre nous et chacun d’entre eux, comme on a parfois le sentiment de voir en Cameron le témoin narratif sur laquelle s’appuyer, plutôt que la victime pour laquelle on aurait de l’empathie. De fait, suit-on un film dont on attend les fulgurances – elles sont là – sans parvenir à en apprécier entièrement la globalité. L’un des personnages donne sans doute quelques clés pour comprendre les choix de l’écriture et de la mise en scène : il faudrait y voir un faux conte de fée, God’s Promise étant la tour dont ils doivent s’échapper, la responsable la méchante Disney qu’ils doivent affronter. Derrière la surface lisse et gentillette mise en place par le révérend Rick et le Docteur Lydia Marsh, se dissimulent ainsi l’abus, la violence psychologique, l’effacement de l’identité de ces adolescent-e-s. C’est là que Come as you are se fait plus nuancé, à défaut d’être bien efficace et attachant, dans la mesure où il ne présente pas la fuite comme la réponse évidente et remet en perspective toute son intrigue dans sa conclusion douce-amère.

Come as you are s’avère plus convaincant dans ses quelques fulgurances que dans l’ensemble de son intrigue et de sa réalisation. Comme empêché de briser la distance qu’il s’impose au départ entre ce drame intimiste et la charge bien sentie envers les thérapies de conversion, il ne parvient pas entièrement à s’élever et à frapper au cœur de son sujet.

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Réalisation : Desiree Akhavan
Scénario : Desiree Akhavan, Cecilia Frugiuele, Emily M. Danforth (d’après l’œuvre de)
Avec Chloë Grace Moretz, Sasha Lane, John Gallagher Jr.
Sortie française le 18 juillet 2018
Drame

Pennsylvanie, 1993. Bienvenue à God’s Promise, établissement isolé au cœur des Rocheuses. Cameron, vient d’y poser ses valises. La voilà, comme ses camarades, livrée à Mme. Marsh qui s’est donnée pour mission de remettre ces âmes perdues dans le droit chemin. La faute de Cameron ? S’être laissée griser par ses sentiments naissants pour une autre fille, son amie Coley. Parmi les pensionnaires, il y a Mark l’introverti ou Jane la grande gueule. Tous partagent cette même fêlure, ce désir ardent de pouvoir aimer qui ils veulent. Si personne ne veut les accepter tels qu’ils sont, il leur faut agir…

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