The Good Fight

Spin-off de The Good Wife, The Good Fight est la nouvelle création de Robert et Michelle King, diffusée sur CBS Access aux États-Unis et visible sur Amazon Prime Video en France. La série judiciaire avait déjà convaincu avec sa première saison, elle revient pour une suite encore plus férocement anti-Trump, mais aussi plus inventive et diversifiée. Un régal !

Une saison plus inventive

Dans cette deuxième saison, The Good Fight confirme le talent de ses créateurs, Michelle et Robert King, pour écrire des épisodes exigeants et ambitieux. Qui dit legal drama, ou série judiciaire, dit affaire, tribunal, plaidoirie… Pour autant, on sait depuis The Good Wife que les King ne limitent jamais le légal au court du tribunal, bien au contraire ! Alors même que la série a tout, quoi qu’on en pense, d’un formula show, jamais un épisode ne ressemble au précédent. Ce qu’on pouvait déjà affirmer avec The Good Wife se confirme ici, les King excellent dans tous les registres ! Comédie burlesque, drame social, farce ou tragédie, The Good Fight enthousiasme par ses ruptures de ton récurrentes et la qualité de ses dialogues comme celle du tempo comique de ses interprètes.

Qu’il s’agisse de déplacer l’action – du cabinet aux multiples variations de tribunaux, d’une voiture de police à un enterrement – ou de réinventer constamment sa structure narrative, The Good Fight ne manque ni d’audace, ni d’originalité et ne cesse ainsi de surprendre dans une deuxième saison nettement plus inventive et ambitieuse que la précédente. Le plaisir, en tant que spectateur, à regarder la série n’est pas indifférent à celui d’être considéré avec la même intelligence et confiance que les personnages : The Good Fight ne se repose pas sur ses acquis (qui sont nombreux et suffiraient à en faire une bonne série) et prend des risques.

Parce qu’il faut bien reconnaître que The Good Fight pourrait sans rougir se contenter de mettre en valeur son casting exceptionnel, avec une Christine Baranski (Diane Lockhart) toujours aussi géniale, un Delroy Lindo (Adrian Boseman) impressionnant et l’entrée enthousiasmante cette saison d’Audra McDonald (Liz Reddick-Lawrence). Il n’est pas forcément évident de faire un « ensemble show » avec autant de personnages et de fortes personnalités ; la saison 1 s’était davantage concentrée sur certain-e-s, mais cette fois, The Good Fight maintient un équilibre permanent et accorde à chacun son heure de gloire. Les dynamiques relationnelles sont en perpétuelle ré-évaluation, sans pour autant remettre en question la solidarité et forcer le drama au sein du cabinet Reddick, Boseman et Lockhart : c’est aussi l’une des réussites de cette saison, dans la mesure où elle relativise son cynisme notamment politique par la solidité de ses amitiés, pas seulement professionnelles, entre Maïa, Lucca et Marissa, mais aussi Adrian, Diane et Liz. N’oublions pas de mentionner les excellentes figures fortes de la série, guest stars indispensables depuis les premiers épisodes de The Good Wife, dont le retour fait infiniment plaisir : l’excentrique Elsbeth Tascioni (Carrie Preston), l’inclassable Colin Sweeney (Dylan Baker) et l’intimidante Ruth Eastman (Margo Martindale).

L’intelligence du legal drama

La première saison s’était concentrée sur l’affaire Rindell, la deuxième y met enfin un terme et lui préfère, au lieu d’un arc unique, de solides fils narratifs secondaires : la menace qui pèse sur les avocats (« Kill all lawyers »), l’évolution de Diane et… Trump. Chacune de ses intrigues de fond influence ainsi les enjeux des épisodes, parfois subtilement, parfois frontalement, tout en développant l’atmosphère de cette saison avec un meilleur équilibre que l’année dernière.

Sans surprise, la série reste à la hauteur des attentes dans son écriture des affaires juridiques. S’il y a bien un tour de force que The Good Fight réussit haut la main, c’est celui de développer des intrigues légales complexes, précises et denses, sans jamais perdre le spectateur. La série est à ce titre plus exigeante que d’autres « legal drama », sans aucun doute, mais séduit en particulier par sa perception souvent amusée et au demeurant fidèle à la réalité de la complexité du système judiciaire américain. Qu’on soit au fait des nuances parfois improbables du système ou non, on se prend systématiquement au jeu parce que l’écriture situe la compréhension des enjeux non pas tant au niveau purement littéral du texte et des situations, que du rythme de la narration et de l’interprétation de ses acteurs.

De la même façon, The Good Fight procède par opérations successives de décloisonnement des intrigues parallèles, ce dont elle plaisante explicitement à plusieurs reprises en laissant les personnages se plaindre littéralement de l’absence de murs. Rien de neuf en soi, tant c’était déjà la force de son aînée The Good Wife, qui était allée au bout du concept en le raccrochant au scandale des écoutes de la NSA. Les enjeux de l’intrigue A influencent ceux de l’intrigue B d’un même épisode, qui influencent ceux de l’arc A, qui influencent ceux de l’arc B de la saison, et ce même si le sujet de l’une n’a strictement rien à voir avec le sujet de l’autre. L’une des thématiques fortes de cette saison tient même dans cette collusion entre le privé et le professionnel/politique, à l’échelle non seulement de l’intimité des personnages (l’évolution de Lucca Quinn notamment), mais aussi de celle de l’État de de sa présidence !

Une deuxième saison culottée

Personne n’est surpris de découvrir que The Good Fight est une série engagée. Premier avertissement : son titre même ! Dans cette deuxième saison, les King ne reculent devant rien et font de la série l’une des plus culottées de l’année. Définitivement anti-Trump – jusque dans son générique ! -, The Good Fight prend à charge de pointer l’absurdité de sa présidence du premier au dernier épisode.

Pas loin d’évoquer l’autre création télévisuelle de Robert et Michelle King, Braindead, satire fantastique de l’actualité politique américaine, cette deuxième saison de The Good Fight utilise ainsi Trump à la fois comme un running gag, mais aussi comme un personnage même, quitte à lui donner la réplique et rendre compte régulièrement de son influence sur les différentes intrigues. Par le biais du personnage de Diane et de son évolution inédite cette saison, la série reprend ainsi l’actualité politique et sociale comme à son habitude, mais avec plus de verve : on ne compte plus les « fuck you » et les fous rires incrédules devant les nouvelles hallucinantes/hallucinées à répétition. De manière plus subtile, The Good Fight n’épargne pas l’hypocrisie politique des démocrates vis-à-vis des personnages noirs de la série et celle de ses propres héros qui, malgré tout, sont encore privilégiés par certaines des mesures gouvernementales. Pour autant, elle se positionne férocement et continue, globalement, de faire preuve d’assez de finesse dans son traitement de l’actualité, sans déguiser outre-mesure les affaires qu’elle reprend, à l’instar de #MeToo et de Harvey Weinstein.

The Good Fight passe le cap de la deuxième saison avec brio ! Irrévérencieuse et diablement intelligente, la série judiciaire compose avec l’actualité politique et sociale avec un sens de la répartie inégalable. Portée par un casting impressionnant, elle n’aura cessé de se réinventer dans sa forme et son écriture pour offrir le divertissement de qualité qu’on espérait à la suite de son aînée The Good Wife ! Un immanquable de cette année séries.

(4,5 / 5)

Création : Michelle King, Robert King, Phil Alden Robinson
Avec Christine Baranski, Rose Leslie, Cush Jumbo
Sortie en 2018
Drame, Légal

Après un scandale qui a ruiné la réputation de la jeune avocate Maia Rindell et le compte en banque de sa marraine, l’éminente Diane Lockhart, un cabinet de Chicago majoritairement afro-américain les accueille. Diane y retrouve son ancienne collègue Lucca Quinn…


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.