[Critique] 22 Miles : sans foi ni loi

Après Traque à Boston et Deepwater, Peter Berg revient en salles avec 22 Miles, un film d’action détonnant mené tambour battant par Mark Wahlberg, Lauren Cohan et Iko Uwais. Au programme des 94 minutes du film : une poursuite urbaine hyper dynamique dont on ne ressort pas indemne.

Avec 22 Miles, une chose est sûre : on est en droit d’en attendre un film d’action efficace et à ce titre, on est servi ! L’enjeu des plus simples, transporter et protéger quelqu’un d’un point A à un point B, évoque naturellement S.W.A.T. et autres variations et 22 Miles prend le même parti du film brut de décoffrage, sans foi ni loi, pour un résultat hyper-contrôlé dont le but semble être d’offrir au spectateur une grosse décharge d’adrénaline. Pari réussi.

Il serait superficiel de limiter 22 Miles à une série de fusillades en pleine rue, sans apprécier la diversification des véritables « terrains de jeu » du film : rues (devenues zones de guerre), infirmerie, immeuble… Le déplacement régulier de la zone d’assaut éclipse tout temps mort au profit d’une narration extrêmement dynamique. Bien entendu, l’efficacité de 22 Miles tient avant tout à la qualité de ses séquences de combat : on peut saluer la performance du casting, Mark Wahlberg, habitué de chez Berg, est très bon dans le rôle de James Silva, ex-militaire surdoué, sorte d’anti-héros antipathique et produit de la guerre déshumanisé, Lauren Cohan tout aussi convaincante et enfin, Iko Uwais, révélé dans The Raid, fait encore une fois forte impression.

Le style de Peter Berg associe dans 22 Miles caméra flottante, gros plan, et montage sur-découpé : un cocktail détonnant qui peut bousculer dans les (excellentes et signatures) premières minutes du film. Le spectateur n’est pas en position de constater et de témoigner de la violence et de l’intensité du film, mais d’en faire l’expérience de la première à la dernière seconde à condition d’entrer dans le même rythme effréné. Ce qui n’empêche pas le déchaînement de violence, mais à peine a-t-on le réflexe de fermer les yeux ou de grimacer qu’on passe à la suite, sans avoir le temps de reprendre son souffle. 22 Miles n’est certes pas le mètre étalon de l’élégance du thriller d’action, comme a pu l’être Mission Impossible avec lequel il partage pourtant certains tropes (IMF-Overwatch), mais clairement, une variation de très bonne facture du film d’action terre-à-terre et poing contre poing.

Ce qui le rend même aussi puissant qu’intéressant, c’est bien la systématisation jusqu’au-boutiste de ce style dont l’essentiel tiendrait presque à un partition de percussion aussi étourdissante que la dernière séquence de Whiplash. En l’occurrence, même les dialogues fonctionnent comme des éléments purement rythmiques, quitte à se vider de leur sens et se détacher entièrement de tout contexte, par un usage proche de celui de la voix-off ou un débit de parole lui-même précipité.

Ce parti pris radical ne va pas sans défaut, puisque malgré quelques efforts de caractérisation un peu légers (via le générique pour Silva), 22 Miles reste résolument froid. En vérité, on se surprend à penser qu’il aurait presque fallu sacrifier toute tentative d’humanisation, puisqu’elles en deviennent étrangement déconnectées de la réalité, à contredire la dynamique mécanique et diablement efficace de la narration. Pour autant, contrairement à ce qu’on a pu voir de Peter Berg jusque là, les personnages de 22 Miles ne sont guère des héros, et bien plutôt des pions manipulés, très compétents certes, mais en définitive marqués et humiliés par un retour de bâton relativement prévisible. À ce titre, la fin du film davantage sombre et anti-climatique peut déstabiliser, d’autant qu’elle révèle rétrospectivement les failles d’un système bien huilé qui n’a visiblement jamais pris le temps d’enquêter sur ses cibles et ses missions, pour porter un sous-texte politique plus surprenant et culotté.

22 Miles est une réussite en ce qu’il scotche véritablement le spectateur au fond de son siège, les mains crispées sur les accoudoirs, le souffle court de la première à la dernière minute.  

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Réalisation : Peter Berg
Scénario : Lea Carpenter, Graham Roland
Avec Mark Wahlberg, Lauren Cohan, Iko Uwais
Sortie française le 29 août 2018
Action

Un officier d’élite du renseignement américain tente d’exfiltrer un policier qui détient des informations compromettantes. Ils vont être traqués par une armée d’assassins tout au long des 22 miles les séparant de l’avion qui leur permettra de quitter le pays.

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