[Critique] En eaux troubles : gentil mégalodon, gentil

Nouvelle variation du film de requin, En eaux troubles est l’adaptation du best seller Meg, de Steve Alten. Blockbuster estival, le film de John Turteltaub s’est fait une bonne place au box-office international, dépassant notamment Solo en moins de trois semaines. Un succès qui signale davantage l’intérêt du public pour la bonne vieille série B autour de monstres maritimes, qu’il confirme la véritable qualité du film…

Timide mégalodon

Si le titre français tend à sortir le film de sa première catégorie de série B, l’original, The Meg, promettait un nanar haut en couleurs. Un mégalodon, monstre préhistorique qui n’en est pas à sa première apparition cinématographique, devra faire face à Jason Statham, autre figure incontournable du cinéma de genre le plus bas-de-plafond : autant dire que personne n’en espère un grand film ! En revanche, on serait en droit d’en attendre un divertissement généreux, une variation du film de monstre avec un réel budget, une compilation de punchlines over-the-top et de plans iconiques totalement improbables. Sauf que non.

À quel moment en est-on arrivé au point où un film de requin géant échoue littéralement à être « fun » ? Drôle, pêchu, violent, jsuqu’à en être idiot sans s’en cacher pour s’assumer tel qu’il est avec la complicité amusée du spectateur. Ici, rien de tout cela et paradoxalement, c’est sans doute en tant que comédie romantique qu’En eaux troubles s’en sort le mieux. Qui l’eût cru ?

Le problème le plus évident du film est sa star, non pas Statham, mais le mégalodon lui-même. En eaux troubles semble contre toute attente se refuser entièrement à incarner, personnaliser son monstre, au point de sacrifier l’intensité d’un réel antagonisme, puisqu’il n’y a guère de « villain ». En eaux troubles s’appuie alors sur des twists vus et revus, qui n’auraient pas forcément provoqué des soupirs d’ennui, si au moins l’exécution avait osé s’affranchir de toute retenue et, à tout hasard, ne serait-ce qu’oser montrer son monstre ! Maintenant, peut-être doit-on se réjouir de ses apparitions fugitives et partielles, compte tenu de la qualité moindre des effets spéciaux.

Une exécution laborieuse

Quid de Jason Statham ? Du côté de Jonas Taylor, on ne peut reprocher au film de s’écarter des trajectoires convenues et habituelles des héros de séries B. Héros tourmenté, sorte de Cassandre qui s’octroie enfin le plaisir de clamer qu’il « l’avait bien dit », Jonas Taylor est exactement ce qu’on pouvait attendre de lui, avec, au moins, quelques solides répliques et un très léger sens de l’auto-dérision permis par son association avec les autres personnages. La sous-intrigue romantique en devient presque la plus réussie du film, puisqu’elle assure un peu de comédie, là où le reste ne parvient même pas à proposer de réels moments d’intensité. En revanche, la thématique écologique qui reprend les discours superficiels de toutes les autres sagas manque de verve et de conviction.

Outre la mise en place de l’arc de la (fausse) rédemption de son héros, celle de la menace du mégalodon aurait dû faire mouche, pour la simple et bonne raison qu’elle s’ancre dans les profondeurs de l’océan. Alors que ce territoire inconnu évoque naturellement l’hostilité de planètes inexplorées et provoque chez certains, par ailleurs, la « batophobie » (la peur des profondeurs), on peut supposer qu’il y a là de quoi faire frissonner en jouant de l’opacité de ces « eaux troubles ». Turteltaub (à qui on doit les Benjamin Gates…) manque pourtant le coche et ces séquences introductives sont infiniment laborieuses, peu inspirées, jamais à la hauteur de leur décors et, parfois même, difficilement lisibles. Autant dire que c’était déjà mal barré pour la suite ! Sans surprise, les scènes d’attaque, contre l’équipage de Statham ou les plages bondées, sont alors tout aussi frileuses. Le mégalodon, dont la taille annonce forcément la dangerosité, ne laisse guère de cadavres sur son passage et fait bien moins peur que les requins d’Instinct de survie ou de 47 meters down. Un comble !

En eaux troubles n’est même pas à la hauteur du peu d’attentes qu’on pouvait avoir de lui. Film de requin étonnamment lisse, cette nouvelle réalisation de Turteltaub manque singulièrement de générosité et de férocité ! Parfait pour une sieste.

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Réalisation : John Turteltaub
Scénario : Dean Georgaris, Jon Hoeber, Erich Hoeber, Steve Alten (d’après l’œuvre de)
Avec Jason Statham, Bingbing Li, Rainn Wilson
Sortie française le 22 août 2018
Action

Au cœur de l’océan Pacifique, le sous-marin d’une équipe de chercheurs a été attaqué par une créature gigantesque qu’on croyait disparue : le Megalodon, un requin préhistorique de 23 mètres de long.
Le sauveteur-plongeur Jonas Taylor doit risquer sa vie pour sauver les hommes et les femmes prisonniers de l’embarcation… et affronter le prédateur le plus terrible de tous les temps.

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