Première année

Après Hippocrate et Médecin de campagne, Thomas Lilti s’arrête à nouveau sur le monde médical avec Première année et traite cette fois-ci des études de médecine. Porté par un excellent duo d’acteurs, cette comédie dramatique surprend par l’audace de son parti pris et la fluidité de sa narration.

La PACES en 1h32

Le titre du nouveau Thomas Lilti ne ment pas sur la marchandise et présente le déroulé d’une première année de médecine, de la rentrée jusqu’à l’annonce finale des résultats. On ne reprochera pas au réalisateur ex-médecin de falsifier la réalité, bien qu’on puisse questionner l’actualité de certaines pratiques présentées à l’écran. Première année a tout d’une course, sur 1h32, rythmée par les soirées de révision, les concours blancs et les journées d’études en bibliothèque universitaire, sans jamais prendre le temps d’une pause ou d’évoquer la vie privée. À ce titre, le film évite l’écueil d’autres variations estudiantines caricaturales et préfère se limiter au territoire restreint de l’étude. Quoi de plus ennuyant ?

Et pourtant, la qualité de la narration et du montage assure un rythme effréné, tel que le spectateur comme l’étudiant en perd toute notion de temps en dehors de ses repères circonstanciels (concours blancs, concours, journées ritualisées à la minute près) et de son enjeu primordial : réussir le concours. À ce jeu-là, Première année est toutefois plus malin qu’il en a l’air et déplace progressivement l’enjeu du film pour s’élever au-dessus d’un simple récit réaliste et bien exécuté.

Une charge pertinente

Première année ne se fait pas l’apologie d’un système, ni celle de ceux qui “réussissent”. Bien au contraire, Thomas Lilti prend le parti de montrer à cru la réalité de la compétition, jusque dans son absurdité la plus monstrueuse, arbitraire et forcément injuste. S’il ne fait pas l’étude clinique au scalpel des défauts de la PACES, Première année prend à charge de montrer par ses dialogues ou ses ruptures de ton la défaillance d’un système dont les principes reposent sur la compétition. De là à y voir une critique plus large de la compétitivité déshumanisante qui sous-tend le monde du travail, autrement nommée la “valeur travail”… il n’y a qu’un pas. En tant que telle, Première année est réellement efficace, surprenant, voire poignant quand il expose le risque de l’essoufflement, de la désorientation et, sur un lit d’hôpital, de l’abandon.

Avec son duo principal, Thomas Lilti se contente de montrer deux étudiants en restreignant presque jusqu’à la contrainte tout effort de caractérisation supplémentaire. Vincent Lacoste et William Lebghil y mettent du leur pour donner un peu de vie à ces personnages précisément empêchés de vivre et notre implication émotionnelle ne tient finalement qu’à la nuance de leur interprétation. Première année n’est pas non plus le film contestataire de l’année, mais une voix qui porte plus haut que celles multipliées et encouragées du dépassement de soi, qui est une aimable façon de dire écrasement de l’autre. Alors, certes, il y a quand même un héros dans ce film, mais pas pour les raisons qu’on pouvait craindre et, franchement, ça fait du bien.

Première année sacrifie en partie de sa personnalité pour exposer la cruauté bête et absurde de la première année de médecine. Très fluide et plutôt malin, le film de Thomas Lilti peut s’appuyer sur le talent de son casting pour donner lieu à une comédie dramatique efficace. 

(3,5 / 5)

Réalisation : Thomas Lilti
Scénario : Thomas Lilti
Avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Michel Lerousseau
Sortie française le 12 septembre 2018
Comédie dramatique

Antoine entame sa première année de médecine pour la troisième fois. Benjamin arrive directement du lycée, mais il réalise rapidement que cette année ne sera pas une promenade de santé. Dans un environnement compétitif violent, avec des journées de cours ardues et des nuits dédiées aux révisions plutôt qu’à la fête, les deux étudiants devront s’acharner et trouver un juste équilibre entre les épreuves d’aujourd’hui et les espérances de demain.


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