Girl

Premier film de Lukas Dhont, Girl s’est vu attribuer la caméra d’or au Festival de Cannes. Ce drame autour de l’adolescence de Lara, jeune fille trans, évoque avec beaucoup de sensibilité ses angoisses comme ses espoirs. Un très beau premier film.

Girl brosse le portrait de sa protagoniste avec beaucoup de pudeur et de luminosité. Filmé entièrement pour elle et avec elle, le film de Lukas Dhont reste en permanence à la hauteur de Lara et préfère au recul d’un traitement plus sociologique, la sensibilité de son intimité et de son propre regard. Le tour de force de la mise en scène est simple : alors que la caméra se tient toujours tout près de son personnage, elle se fait oublier avec un naturel surprenant. Un enjeu qui n’est pas purement esthétique, puisque le sujet de la transexualité joue parfois au cinéma de la tentation voyeuriste du spectateur vis-à-vis du corps. Ici, Dhont évite à l’inverse tout sensationnalisme, sans pour autant nier la souffrance ni même la pression violente (et dans Girl très insidieuse) des autres.

À cette étonnante légèreté de la mise en scène s’associe la fluidité de la narration. Girl évoque les 15 ans de Lara et, tout en traitant de son identité de genre avec beaucoup de justesse, fait aussi le récit de son adolescence. Le film reprend à ce titre les étapes d’un coming out of age movie, dont il expose dans le même temps les pressions normatives. Pour autant, le jeu d’ellipses (de non-dits) et de transitions, même si parfois brutales, font de Girl un film d’atmosphère et de tranche de vie dont la dramatisation ne repose pas sur une potentielle « résolution » (celle de l’image de Lara, qu’elle perçoit encore comme masculine dans l’attente de son opération et de l’action des hormones), mais sur l’importance de « petits moments » de grâce dans la souffrance, comme dans la danse classique. On retiendra une séquence de danse incroyable, dans laquelle la caméra de Dhont capte l’intensité, la vitesse et surtout le danger, dans une métaphore somme toute évidente, de ce sentiment d’urgence qui habite Lara.

À quoi tiennent ces moments de grâce ? Le plus souvent, à ces conversations entre un père et sa fille, l’expression d’une relation complexe et infiniment attachante, régulièrement bousculée par quelque réplique qui dit tout haut l’inquiétude de l’un ou la souffrance de l’autre. Victor Polster et Arieh Worthalter expriment véritablement tout leur talent dans ces scènes marquantes et très réalistes.

Lukas Dhont signe avec Girl un premier film d’une réussite surprenante ! Réaliste, sensible et lumineux, ce portrait d’une adolescente trans évite tous les écueils pour un résultat très attachant. Avec assurément l’un des plus beaux personnages de l’année.

(4 / 5)

Réalisation : Lukas Dhont
Scénario : Lukas Dhont, Angelo Tijssens
Avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Oliver Bodart
Sortie française le 10 octobre 2018
Drame

Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.