First Man

Réalisateur désormais reconnu pour son talent de mise en scène depuis Whiplash et La La Land, Damien Chazelle revient en salles avec First Man, un biopic attendu sur Neil Armstrong. Tendu autour de cet événement majeur de la conquête spatiale, First Man n’est pour autant pas un hommage patriotique, ni un exposé historique, mais un drame touchant sur notre rapport à la mort et la disparition.

Avec First Man, Damien Chazelle confirme une fois de plus son exigence technique. L’intensité des séquences spatiales et, plus globalement, de pilotage, s’appuient sur un sens du rythme et une précision du montage complets. À ce titre, le film réussit à créer de la tension dans ce qu’il y a de plus connu de la grande Histoire et dans le même temps, de l’émotion dans ses moments les plus attendus dont on a toutes et tous vu les images. Pour autant, First Man n’est pas le film qu’on pouvait attendre : celui d’un exploit scientifique, d’une étape majeure dans l’histoire de la conquête spatiale, d’une victoire américaine dans la course qui l’oppose à l’URSS, non First Man n’a presque rien de tout cela.

Chazelle fait le parti pris culotté de s’intéresser à l’homme, Neil Armstrong, au risque de perdre en cours de route tous les spectateurs en quête d’un biopic plus calibré et réaliste. Sans ambiguïté, l’histoire de First Man évoque ainsi le parcours émotionnel et préfère à une narration chronologique convenue le suivi du fil des émotions. Certes, les ellipses marquent régulièrement les « moments » majeurs de l’expédition, mais l’écriture table en réalité sur la cohérence non pas historique, mais purement sentimentale, de la petite histoire. Aucune étape n’est simplement donnée parce qu’elle aurait de l’importance historiquement, mais montrée parce qu’elle a du sens émotionnellement, pour Armstrong, et occasionnellement pour Janet, son épouse. Le film évoquera même d’autres variations plus poétiques sur l’expérience de l’exploration spatiale, d’Interstellar à Contact en passant par Gravity, tout en préservant discrètement sa singularité, entre autres grâce à sa belle bande-originale signée Justin Hurwitz.

Damien Chazelle fait avec First Man un drame sur le deuil et peuple tout son film de membres fantômes : membres de la famille, membres d’équipage, qui ne quittent jamais totalement Armstrong. La métaphore est simple, mais diablement efficace. À s’attacher autant à la petite histoire intérieure d’un homme, Chazelle déploie son talent habituel dans la mise en scène de certaines séquences : l’alunissage et la marche sur la Lune sont d’une beauté sidérante et en disent long, par le seul jeu de couleurs, de lumière, de cadrage, sur la charge émotionnelle dont le personnage se libère enfin.

Le traitement du personnage d’Armstrong, bien souvent déjà « dans la lune », repose sur cette tension entre cette sorte de distance un peu froide et distraite et la profondeur de sa sensibilité. Le choix de Ryan Gosling ne surprend pas, et on peut surtout apprécier et se réjouir de la qualité des seconds rôles, de l’excellente Claire Foy au toujours très bon Jason Clarke.

First Man n’est probablement pas le film auquel nous nous attendions ; il est bien meilleur. Drame introspectif et intimiste, le nouveau Chazelle séduit par la justesse et la beauté de son propos sur la mort. Un récit universel et bouleversant.

(4 / 5)

Réalisation : Damien Chazelle
Scénario : Josh Singer, James R. Hansen (d’après l’œuvre de)
Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke
Sortie française le 17 octobre 2018
Drame, Biopic

Pilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme qui l’avait épousé en espérant une vie normale.


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