[Critique] Bohemian Rhapsody : un biopic convenu et maladroit

Après avoir provoqué de nombreuses critiques à la sortie de son premier trailer, Bohemian Rhapsody n’a pas eu de parcours facile jusqu’à sa sortie française. Biopic attendu sur Freddie Mercury, le film s’est attaqué à grand, et peut-être même trop grand pour lui.

L’absence de point de vue

Difficile de s’attaquer au genre du biopic sans prendre le risque d’une copie sans âme de page Wikipedia. Bohemian Rhapsody évite au moins cet écueil, mais ne propose pas pour autant de réel point de vue, si ce n’est celui d’un hommage au groupe Queen et à Freddie Mercury. À ce titre, le film n’est pas avare en titres phares et saura faire vibrer les salles obscures.

Maintenant, on est en droit d’attendre d’un tel film qu’il tente, autant que son sujet, de sortir des chemins battus. Pour tenter, il tente effectivement, mais il emprunte tellement à son inspiration qu’il peine à séduire autrement qu’en rejouant une même imagerie et mise en scène. Au risque d’annuler par là-même la moindre irrévérence et nouveauté, écrasé par un mythe dont seul Rami Malek semble être à la hauteur. Il faudra patienter jusqu’au dernier tiers du film pour y trouver un peu d’âme (et de mélancolie), à mesure qu’il ose se rapprocher de son icône.

Convenu et maladroit

En guise de biopic hommage, Bohemian Rhapsody rentre finalement dans le confort d’une dramatisation rétrospective des relations professionnelles et sentimentales de Freddie Mercury. Entre la retranscription fidèle et la réécriture forcée, l’équilibre est délicat et l’écriture manque le coche en convoquant les figures adorées du mélo : la sainte épouse, l’homosexuel manipulateur, le méchant et idiot producteur… Alors certes, la difficulté d’un genre tel que le biopic se révèle ici assez cruellement, tant la narration qui s’oblige à tout prix des enjeux, des gentils et des méchants, laisse globalement perplexe.

Il est assez surprenant de constater comment le film tend, presque malgré lui, à verser dans la maladresse contestable à force de convenu. Comment ne pas être embarrassé par la structure narrative du film, dont le début de la fin/ »chute » survient au même moment où Mercury assume pleinement sa sexualité ? Bohemian Rhapsody ne cesse d’évoquer les frasques de Mercury, mais le fait en permanence par le regard d’autrui (journalistes, compagnons de groupe, épouse) et penche allègrement vers le jugement moral. C’est simple, le parcours de vie de Freddie Mercury, tel qu’il nous est montré, est celui d’une icône qui chute pour mieux revenir à la « bonne » vie, aux bons sentiments, aux convenances d’une fin respectable. Fort heureusement, Bohemian Rhapsody n’écarte ni la maladie, ni la sexualité de Mercury de son récit, mais une fois de plus, force l’Histoire pour une conclusion en forme de chant de cygne opportuniste, a minima discutable.

On retient de Bohemian Rhapsody l’exceptionnelle prestation de Rami Malek, hyper charismatique dans le rôle d’un Freddie Mercury bien malmené par l’écriture. À vouloir à tout prix faire rentrer le biopic dans le carcan d’un récit de simili-rédemption convenu, on en perd toute la puissance de Queen et de son icône queer et rock.

 

 

2/5

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