[Critique] After my death : une charge radicale

Premier long-métrage de Kim Ui-seok, After my death fait l’état des lieux d’une société en deuil d’une partie de sa jeunesse. Récompensé au festival international de Busan du prix du Meilleur Film, ce drame confronte le spectateur à l’horreur de la réalité du suicide et écarte toutes les stratégies d’évitement ou de minimisation.

L’horreur droit dans les yeux

À la fois faux film de fantômes et faux whodunnit, After my death est avant tout la peinture sombre des failles de la société coréenne devant la réalité du suicide. Par moments terrifiant, le premier film de Kim Ui-seok emprunte à l’imagerie horrifique et fantastique : les ombres, les convulsions, la violence des écolières, le sang. En affichant explicitement ses influences (une élève compare une autre à une « possédée qui les maudit »), le film met en scène autant l’horreur du suicide chez les jeunes que celle des stratégies d’évitement des figures d’autorité, incarnées par la police et le corps enseignant. Les seuls parents réellement présents sont ceux dont les enfants se sont tués, ou ont tenté de se tuer : le tour de force de l’écriture tient précisément dans ce renversement du soupçon vers ceux qui sont les premiers à soupçonner.
 
After my death confronte pour autant ceux-là même à la mort et expose les signes et les stigmates du mal-être. Il perd en subtilité à mesure qu’on progresse mais assume manifestement ce parti pris, quasiment politique, d’aller exactement là où personne ne veut regarder. C’est même l’occasion de poser un regard cynique sur l’espèce « d’administration funèbre et cérémoniale », ritualisée, comme ultime repli des plus passifs : quand une jeune fille crie son désespoir, le directeur lui demande si c’est une « menace ». En guise de coup de massue, la structure du film appuie encore la circularité du film et laisse peu de place à l’espoir.

La cruauté d’une charge

En tant que charge, After my death ne s’embarrasse pas de nuance et préfère répéter à l’usure le fond de son propos, par l’image ou les dialogues. Il ne faut pas ignorer et encore moins oublier, ni « individualiser » une tragédie à ce point systémique. Pour peu qu’on soit déjà convaincus, le film risque de faire peser un peu trop lourdement la violence de ses images. L’une des scènes les plus frappantes et glaçantes d’After my death, dont la dramatisation ne manque certes pas de sens et permet de filer radicalement la métaphore du non-dit/fantôme, repose toutefois sur une ironie dramatique macabre, à deux pas de la cruauté.
 

C’est sans doute ce qu’on pourra reprocher à After my death, dans son dessein évident d’éclairer le point aveugle de toute une société, il cible certes le problème d’évitement et de tabou, mais n’approfondit guère son propos au-delà, quitte à dire implicitement sa propre impuissance.

After my death est une charge efficace dont on retient également la qualité formelle et l’inspiration de l’écriture. Oppressant et violent, le film assume sa radicalité et, pour cette raison, n’est pas à mettre entre toutes les mains.

 

3.5/5

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